Valentin Husson, prof de philo à Strasbourg et essayiste, tente de nous rassurer sur l’avenir de l’école en train de subir le rouleur compresseur chatGPT. Aucune mesure de rétorsion n’y fait. L’apprentissage scolaire le plus répandu est : Comment contourner les limitations à l’IA que tentent d’imposer profs et évaluateurs. Résultat : plus aucun devoir à faire chez soi, et il est de plus en plus difficile d’empêcher de truquer ceux faits à l’école, devenue le lieu d’une course à l’armement pour la bataille de la triche.
Valentin fait preuve d’une résistance désespérée en gardant à l’humain l’exclusivité de l’émotion, décision, prédiction et humour. Peine perdue. Tout ce que fait aujourd’hui l’IA nous semblait tout aussi hors de portée il y a très peu de temps. Ces facultés mentales “réservées” reposent sur des réseaux neuraux comme les autres. Les développeurs ne les ont pas encore intégrées à leurs créations mais elles pourraient les générer seules. Leur vitesse numérique leur fait dépasser ce qui a nécessité des éons d’évolution, à notre grande stupéfaction.
Avons-nous une chance de rivaliser avec les IAs en termes de complétude du savoir ? Pas la moindre. C’est donc nos approches spécifiques qu’il faut développer pour rester dans la course, si course il y a. Les IAs suréduquées sont en effet handicapées par cet immense amas de connaissances qu’elles n’ont pas vérifiées elles-mêmes par l’expérience. Difficile pour elles de leur attribuer un indice de fiabilité. Elles sont une sorte de sagesse de foule qui utilise tout le savoir publié, le pire comme le meilleur, pour arriver à une remarquable approximation du bon résultat, mais une approximation seulement.
En évaluant la pertinence de chaque information —sans en occulter aucune comme le font les conspirationnistes—, nous pouvons construire une intelligence qui est plutôt une manière de douter qu’une manière de connaître. La manière de douter est beaucoup plus spécifique.
Un enseignant devrait donc apprendre à ses élèves à structurer leur pensée et à intégrer les nouvelles informations en fonction de l’architecture mentale existant chez chacun d’eux. Cela ne veut pas dire juger les opinions, seulement les cohérences personnelles, quelle qu’en soit l’allure. Approfondir notre auto-observation. Et savoir s’en détacher quand elle devient étouffante.
Je vois la future salle de classe comme une scène où les élèves viennent montrer leur différence. Au lieu de la classique dépréciation par l’éducation clonale, il s’agit cette fois de se faire féliciter pour son “mal-pensant”, parce qu’il fait réfléchir les autres et donne du grain à moudre à un professeur-ingénieur de ces modes de pensée. Le but n’est pas de les harmoniser, seulement corriger leurs failles évidentes, et montrer qu’il faut in fine les organiser ensemble. La salle de classe reste par essence un lieu d’apprentissage du communautarisme, ce que l’élève-roi et ses géniteurs-empereurs ont largement perdu de vue.
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