Paradoxe du grand-père

Joyeux anniversaire!

Avez-vous pensé à inviter vos lointains descendants à votre anniversaire ? Il serait dommage de les oublier si vous croyez possible le voyage dans le temps. En effet cette découverte étant inscrite dans l’avenir, votre descendance future devrait être en mesure de venir chanter « Joyeux anniversaire! » avec les autres. C’est une autre présentation du ‘paradoxe du grand-père’, scénario où c’est vous-même qui débarquez dans votre passé pour congratuler votre grand-père. En intervenant ainsi dans sa vie, ne risquez-vous pas de la dévier, et au final de ne pas naître ?

L’invitation lancée à vos descendants est plus rationnelle. Peu probable que le voyage dans le temps soit découvert de votre vivant. Le futur, lui, recèle bien davantage de possibilités que l’imagination de H.G. Wells. C’est dans cette direction qu’il faut envoyer nos capsules temporelles. Aucune technologie innovante n’est nécessaire.

Personne ne vint

Stephen Hawking l’avait compris en organisant en juin 2009 la « Time Travellers Party », invitant les voyageurs dans le passé à se présenter. La célébrité de l’évènement auraient dû informer ceux-ci dans le futur. Mais personne ne vint. L’échec n’a pas découragé les physiciens. Dans une étude publiée en décembre 2024 dans la revue Classical and Quantum Gravity, Lorenzo Gavassino tente de débarrer le voyage dans le temps.

La solution repose d’une part sur les boucles temporelles fermées prédites par la relativité d’Einstein, d’autre part sur l’effacement de la flèche thermodynamique dans ces boucles. Cette deuxième partie constitue le travail de Gavassino. Il montre que des fluctuations quantiques font disparaître l’entropie d’une boucle fermée. La flèche temporelle s’effondre. Il serait en théorie possible d’interagir avec n’importe lequel des points de la boucle.

C’est quoi un physicien?

N’insistons pas sur le caractère hautement spéculatif de l’interprétation de Gavassino. Mais est-ce vraiment une possibilité ? Pour des particules quantiques, peut-être. Mais un être humain est-il réduit à ses quantons ? Qu’est-ce qui définit un amas de particules comme une personne face à un autre amas quelconque ? S’il n’y a plus de temps quand on est devant son grand-père, comment va-t-on lui parler ?

Ces questions ironiques visent bien sûr à mettre la physique face à son impuissance à définir le physicien. Si le physicien n’est pas défini, qu’est-ce alors qu’une théorie quantique ? Avant de seulement songer à rejoindre son grand-père, le physicien a besoin de s’extraire de ce dualisme abyssal entre la théorie et la pratique, qui n’est pas réellement franchi quand il secoue les particules avec un accélérateur nucléaire. Le temps des quantons n’a aucun lien avec le sien. Pourquoi stopper l’un changerait-il quelque chose de l’autre ? Comment une conscience qui est une flèche temporelle par essence, pourrait-elle s’en passer ?

Pour voyager, un mobile?

L’idée du voyage temporel révèle surtout une incompréhension sur ce qu’est réellement un univers sans temps. Quand le temps n’existe pas il est impossible de voyager. La notion même de déplacement n’a aucun sens. Comment peut-on récupérer des informations sur un endroit fondamentalement inaccessible ? On ne le peut pas. La seule opportunité est d’organiser ces informations avec d’autres, plus distantes sur la ligne temporelle, dans un niveau de complexité qui est lui capable de se déplacer. Car dans la dimension complexe les couches de réalité glissent les unes sur les autres, chacune avec leur propre temps.

C’est dans cette dimension que la conscience vit son déroulement de la réalité. Elle organise ensemble des informations distantes dans les couches temporelles sous-jacentes. Elle parvient ainsi à inscrire l’histoire du grand-père dans un livre qui lui survit. Le voyage temporel, nous l’avons déjà inventé depuis longtemps. Il va toujours dans une seule direction mais nous pouvons positionner des regards propriétaires de la conscience en n’importe quel point de la ligne temporelle et tenter d’en recréer le déroulement. Plus nous disposons d’informations plus la simulation est bonne.

Nous ne vivons pas dans une simulation. Chacun de nos cerveaux crée la sienne. Et c’est un perpétuel déplacement dans les deux directions du temps.

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