À quel point pensez-vous connaître vos proches ?

« À quel point ? » Quelle méthode pour une évaluation, avant de foncer sur la question ? Sans placer nos proches sur une ligne droite de Nombres Premiers, sagement alignés par ordre de préférence, il est utile d’imaginer une petite mathématique à leur sujet. Voici la mienne, fondée sur les cercles sociaux et la symbolisation qu’ils représentent dans notre esprit. Le cercle le plus intime ? Le couple, un tout formé avec ma compagne que j’appelle le « Troisième ». Union de nos pôles mentaux consacrés à l’appartenance. Le Troisième est la fusion du désir de chacun d’être au sein d’une telle union, opposés aux egos qui s’en détachent. L’asymétrie de ces désirs fait l’incertitude du destin du couple. Nous ne mettons pas tous la même chose dans le Troisième.

Et une famille ? C’est une collection de Troisième(s), deux à deux, qui forment un cercle plus large, nouveau Tout, par exemple le « Quatrième » pour deux parents plus 2 enfants. Et ainsi de suite pour nos cercles plus étendus, le « Dixième » symbolisant pour moi l’entreprise où je travaille, etc. Un Troisième est mieux partagé qu’un Dixième. Je connais donc bien mieux ma compagne avec laquelle je forme un Troisième, de même que mes plus proches amis, mes enfants, tous ceux en fait qui alimentent eux-mêmes un cercle étroit avec moi par un fort désir d’appartenance à cette relation, ce Tout spécifique que nous formons ensemble. Alors ils se livrent et je peux accéder à une connaissance d’eux plus intime, comme eux peuvent tout connaître de moi si j’adhère aussi fortement à la relation. Mais ce désir est asymétrique, répétons-le. Et aucun proche n’est là en permanence. Son ego peut développer des choses inattendues pendant ses absences.

Des surprises ? Elles n’en sont pas vraiment quand les gens font partie d’un cercle large au point de rendre les gens anonymes. Nous ne pouvons pas connaître intimement les membres d’un Centième ou d’un Millième. Par contre les surprises sont réelles dans un Troisième ou un Quatrième… souvent parce que nous avons surestimé le désir d’appartenance de l’autre. Je découvre ainsi que c’est surtout moi qui ai alimenté certains Troisième(s). Une autre fois, à l’inverse, je n’y ai pas mis grand chose. La surprise révèle ma faute, ma confusion entre ce que j’ai investi dedans et ce que l’autre y a mis. J’ai pensé à tort que ces parts étaient égales. Elles ne le sont jamais.

L’erreur la plus fréquente, cependant, est de confondre le désir d’appartenance avec la projection de notre ego sur l’autre, qui est un désir d’appropriation. Il ne permet en rien de connaître l’autre, ni de former un vrai Troisième, ce que l’on appelle un couple fusionnel. « À quel point je pense connaître l’autre » devient alors « À quel point je me connais moi-même ? »

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