Scient-home
Vous n’êtes pas sans avoir remarqué la profusion de -ome(s) qui envahit la littérature scientifique depuis quelque temps. Après le déjà ancien génome, nous voici dotés d’un microbiome, d’un protéome et plus récemment d’un électrome, sans parler du moins connu holobiome. Que désignent ces termes bizarres ? Ils consistent à mettre “à la maison” (à rapprocher de ‘home’ en anglais) des mondes nouvellement découverts par la science.
Monde des gènes pour le génome, des microbes hébergés par l’organisme humain pour le microbiome, des protéines cellulaires pour le protéome, des signaux électriques parcourant les tissus pour l’électrome, enfin l’holobiome est l’ensemble de nos cellules et des microbes saprophytes de l’organisme, soit notre “tout” cellulaire et microbien.
Quant-home
Des mondes ? Il ne s’agit pas de planètes orbitant dans un système solaire. Ces mondes ne sont pas indépendants mais intriqués les uns aux autres. Indissolublement. Aucun n’existerait sans le précédent. Un réductionniste dirait même que seul le plus fondamental existe réellement, les autres n’en étant que des aspects. Illusoires. Gardez le quantome —le niveau quantique— et ne vous préoccupez pas du reste.
Un écueil pour le réductionnisme : aucun monde n’est déductible du précédent. Ils construisent leurs propres règles. Dans quelle dimension alors ces H-ome(s) indépendants se chevauchent-ils, s’ils occupent le même espace-temps ?
Complex-home
Ils le font dans la dimension complexe, qui n’a pas encore eu, contrairement à l’espace-temps, les honneurs d’un Einstein pour la codifier. La complexité est pour l’instant traitée comme un sous-produit des équations mathématiques. Bizarrement c’est la seule dimension qui vient après le langage qui la décrit. Pour chacune des autres, l’esprit commence par l’éprouver (par ses sens) ou bien l’imaginer, puis cherche le langage qui la décrit au mieux, parmi son répertoire disponible.
La complexité est à part. Les sens ne la perçoivent pas. Ils aplatissent le monde comme le ferait une caméra, enregistrant des pixels d’information dans un cadre. Comme il existe une belle variété de sens combinables, notre mental forme néanmoins un univers très riche, multidimensionnel. Mais la complexité du réel n’est pas directement perceptible. Il faut grossir les pixels avec des instruments, constater qu’à petite échelle d’autres mondes apparaissent.
Mat-home
Pour exploiter les micromécanismes l’esprit a du découvrir leur langage, dont la trace existe déjà au préalable dans notre fonctionnement mental ; ce sont les mathématiques, le plus mécaniste et précis des langages, le plus admiré pour sa pureté, celui dont se sert le réel à sa racine. Les mathématiques “générant” de la complexité, il a été tentant de faire du langage, cette fois, le créateur plutôt que le descripteur de la dimension observée. La complexité, ignorée des sens, est devenue une dérivée des maths, ce langage quasiment divinisé par l’esprit.
Mais au milieu de la théologie réductionniste, les nouveaux mondes font tâche, puisqu’ils nous surprennent constamment. La Création ne serait pas si moniste ? Car où sont-elles construites, ces nouvelles maisons de la recherche ? Sur l’étendue complexe. Voici une chaîne de H-omes bâties côte à côte. Et de nouveaux scientifiques enthousiastes les ont investies, parés de leurs titres de propriété tout neufs ! Un joli lotissement pour une génération prometteuse.
Complex-ium
Que sont ces mondes, finalement ? Des fragments de la dimension complexe, balisés par des niveaux d’organisation précis et stables : gènes, microbes, protéines, activations synchrones, etc. Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose, si vous suivez ce blog ?
Oui c’est la segmentation de la dimension complexe que j’ai entreprise dans différents livres, déjà avant la création de ces nouveaux mondes —sauf pour leur doyen, le génome. La dimension complexe dans son intégralité s’appelle le Diversium —terme qui renvoie à la diversité produite. De la base vers le sommet de la complexité, les segments s’appellent Quantum, Materium, Biologicum, Organium. La complexité continue suite sur un organe spécialisé : le cerveau. Stratium est la pyramide stratifiée de notre complexité mentale, elle-même incluant à son sommet le Societarium (le soi dans la société) coiffé du Philosophium (les représentations supérieures à propos des mondes précédents).
La dimension complexe reçoit deux noms supplémentaires, décrite sous forme d’un empilement de niveaux de réalité surimposées —Surimposium, ou d’un mille-feuilles de couches temporelles —Temporium. Enfin il existe dans mes cartons de plus petits fragments de la complexité qui méritent un développement particulier, comme le Rhumatologium, approche médicale de notre appareil locomoteur, qui proposera les secrets de son bon vieillissement.
Futur-ium
Cette liste semblera parfaitement ésotérique à certains. Quelle connexion relie des objets matériels et leurs représentations mentales, à part la similitude d’organisation ? Eh bien justement, les uns et les autres ne sont que cela : des organisations, des assemblages d’informations. Vous savez qu’on n’a pu démontrer l’existence d’une substance qui donnerait une matérialité aux uns et laisserait les autres dans la virtualité. Tout est réel de la même façon. La dimension complexe est l’étagement de tous ces niveaux d’information intriqués, seule dimension qui peut prétendre englober toutes les autres, espace-temps compris.
Les nouveaux H-omes s’inscrivent dans cette dimension universelle, sans se gêner, mais étroitement dépendants les uns des autres. Une liberté conditionnelle. Une filiation incontournable mais qui autorise un destin personnel. Le Diversium n’est pas clos. Nos esprits en sont l’avant-garde. Et sur ce blog, vous avez deux décennies d’avance. Qu’est-ce qui différencie mes -iums des -omes en effet ? Les -omes sont pour l’instant étalés dans des dossiers séparés, sans véritable connexion entre eux, tandis que les -iums sont tous intriqués par une théorie commune, celle de la complexité.
L’avantage n’est pas seulement d’apercevoir une réalité cohérente de ses particules jusqu’à notre épopée sociale. Cela permet d’imaginer les futurs -iums qui peuvent nous entourer, avant qu’ils nous apparaissent sous le nez. Futurium, le dernier tome ?
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