L’idéal est un repère lumineux, tandis que l’idéaliste est un type aveugle et borné, inefficace quand il faut s’adapter pragmatiquement à une situation pour préserver l’idéal et le faire progresser ultérieurement. L’Humanité est malade de ses idéalistes depuis sa naissance. Ils ont déclenché toutes les guerres, les génocides, la misère d’innombrables personnes qui n’avaient jamais entendu parler de ces idéaux jusque là. L’Histoire n’est qu’une litanie d’idéalistes qui la font boiter pour, à chaque fois, le plus ultime des bénéfices, de Robespierre qui instaure la Terreur à Maud Petit et sa loi anti-fessée.
Cette loi anti-fessée est sans doute la plus bénigne et la plus démonstrative des inepties de l’idéalisme puisqu’elle s’efforce de mettre fin au principe de punition corporelle… par la punition juridique. Et tous les grands idéaux, quelque soit leur flamboyance, souffrent du même travers : ils assurent leur prééminence en posant des chaînes sur l’esprit. La liberté absolue d’une idée met les autres au cachot, appauvrit la conscience. En abolissant la peine de mort, un Robert Badinter a enterré l’idée qu’il existe un crime inacceptable, irréparable, qui est de mettre à mort un autre destin. Le bon sens populaire savait que cette idée devait être sauvée. L’idéaliste s’y est aveuglé.
Un idéal n’est grand que s’il est universellement partagé. Le partage universel est exactement le contraire de l’imposition ciblée. Il n’est pas nécessaire de voter une loi contre l’esclavage, il suffit de rappeler à tout moment qu’un homme est libre par nature et qu’il est impossible d’en faire un esclave. Si l’on condamne l’esclavagiste au lieu de laisser l’esclave réclamer sa liberté, on ouvre les chaînes d’un petit enfant incapable de profiter de son nouveau statut. D’où viennent tous les malheurs du monde ? De forcer l’idéal au lieu de le laisser s’épanouir avec des incitations permanentes. L’idéaliste partageur authentique, le vrai soliDaire, se contente d’exposer son idéal sans jamais y déroger. Il n’agit pas. Celui qui impose c’est le totaliTaire, hystérique tant qu’il n’a pas transformé le monde à son image. Et l’a bien détruit au passage.
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