Shriver est taxée d’extrémiste par certains critiques pour son roman à peine dystopique sur l’Amérique contemporaine, soumise en une décennie à une “parité mentale” obligatoire et débilitante. Aucun signe d’intelligence supérieure n’est plus toléré. Le nivellement par le bas bouleverse jusqu’au fondement de la statistique, puisqu’il n’existe plus personne ayant des capacités « supérieures à la moyenne ». Toutes sont égales. Mais comme c’est manifestement impossible, le couperet ne laisse plus que des « inférieures à la moyenne », et la moitié qui n’y correspond pas fait semblant d’appartenir à l’autre. Or à force de s’en convaincre… Pour connaître la suite, plongez dans cette histoire absolument effrayante par sa proximité avec le wokisme que nous vivons aujourd’hui.
Shriver n’a rien d’une penseuse extrémiste. Au contraire, la position de son personnage, Pearson Converse, correspond parfaitement à ce que j’appelle le “centre dur” en politique : des gens raisonnables qui rejettent vigoureusement le totalitarisme des extrêmes. Au lieu de répondre à l’imbécile par un sourire tolérant, pour ne pas le marginaliser, le centriste dur déroule sa lance à incendie et l’asperge d’eau froide. Si l’agité a encore un cerveau en état de marche, ses idées font reset ! Shriver débogue son époque avec un talent indéniable. La douche est bien glacée. Quelques furieux quittent la lecture énervés. Les autres se calment et se disent : « Ah oui, quand même ».
Des défauts à ce livre ? Il y en a. Quelques dérapages conspirationnistes. Shriver déteste Pfizer. Mais Pearson le répète à plusieurs reprises : « Je n’ai jamais prétendu être particulièrement intelligente. » Ce n’est pas nécessaire pour être bien centrée en politique. Le bon sens suffit. Celui de devoir gérer nos inégalités, incluant la sienne propre.
*