L’esprit économique

L’arc-en-ciel de la finance

Après quarante d’années d’écoute des gens sur leurs problèmes économiques additionnés aux médicaux, une évidence s’est dessinée pour moi : très inégaux en matière de finance, nous le sommes surtout en raison de gros écarts dans sa gestion mentale. L’Humanité semble divisée grossièrement en deux moitiés : ceux qui dépensent moins qu’ils ne gagnent, et ceux qui dépensent plus, peu importe le niveau de revenu. Une moitié tend ainsi à emprunter une pente financière ascendante, l’autre la descendante. Il y a des riches qui s’appauvrissent, n’étant pas créateurs de leur fortune initiale, et des pauvres qui s’enrichissent en partant de rien.

Un peu manichéen ? Vous ne classez pas si facilement les gens qui vous entourent ? Je détaillerai en fin d’article pourquoi les deux moitiés d’humanité ne sont pas si repérables dans le paysage social. Les aléas des histoires personnelles floutent la frontière, vous le devinez bien. C’est aux extrêmes que les deux tendances s’expriment clairement, quand tout concourait à la réussite personnelle, et elle n’est pas là, ou bien tout devait l’éteindre, et elle flamboie.

Pourquoi fait-on partie de l’une ou l’autre moitié ? Nos traits de tempérament sont convoqués dans l’instant ! Ils forment une sorte d’arc-en-ciel de l’énergie financière. À une extrémité du spectre nous avons les économes obsessionnels, qui augmentent patiemment et régulièrement leur patrimoine. C’est l’ultraviolet de la finance, froid, énergétique et peu visible. À l’autre extrémité nous avons les joueurs invétérés, qui misent tout sur des causes désespérées. Infra-rouge de la finance, chaleureux mais vidé de son énergie, finissant lui aussi dans l’invisible.

Entre ces deux extrêmes la prise de risque est plus diversifiée, occasionnant des réussites lumineuses, des oeuvres colorées, des éclairs de génie. Un kaléidoscope né des hasards de la vie. Mais au-delà du tempérament et de l’aléa, je me suis demandé s’il n’existait pas une loi particulière expliquant cette curieuse division de l’Humanité entre ceux qui dépensent moins qu’ils ne gagnent et ceux qui dépensent plus. Autrement dit, quelle règle spéciale suit notre esprit économique ?

Désir, crainte et évaluation

Notre fonction économique mentale a un objectif simple : il s’agit d’évaluer nos comportements de manière à maximiser la satisfaction de nos désirs et minimiser nos craintes. Ce qui désigne 3 points d’achoppement possibles pour la santé financière personnelle : 1) désirs hypertrophiques, 2) craintes hypotrophiques, 3) médiocre aptitude à l’évaluation.

Désirs et craintes sont contrastés d’une personne à l’autre. Ils font diverger nos destins plutôt qu’ils les rapprochent. C’est derrière leurs soubresauts qu’il faut chercher une loi plus générale pour l’esprit économique. Sans doute se démasque-t-elle mieux quand la jeunesse s’estompe, que l’esprit s’affermit. L’expérience se charge de ramener désirs et craintes vers la bonne mesure. Nos espoirs invraisemblables sont décapités. Les essais timides prennent de l’aplomb en réussissant. La bonne mesure, ai-je dit ? C’est là qu’intervient notre 3ème point d’achoppement : l’évaluation. Nous voici au coeur de notre sujet.

Du qualia et du quantique

Il existe de nombreuses manières d’évaluer les choses, des simples aux sophistiquées. Peut-on les regrouper ? Les unes s’attachent à la variété des critères collectés. C’est l’approche qualitative. Les autres se concentrent sur la précision d’évaluation d’un critère. C’est l’approche quantitative. Comment se mettent en place ces préférences dans notre esprit ?

La richesse qualitative de l’évaluation repose sur la sensibilité personnelle. Si je suis naturellement sensible à nombre de caractéristiques dans les choses, j’en ai une image très détaillée, je les individualise fort bien. La sensibilité vient du volume d’informations que je traite. Tous mes sens fonctionnels et éveillés, le décor qui m’entoure fourmille de détails. La sensibilité vient aussi de l’attention prêtée aux détails. Je peux laisser mon inconscient annoncer que tel objet est une pomme, ou porter dessus mon attention et reconnaître sa variété, son état de mûrissement, etc.

Et la précision quantitative ? Elle repose sur la capacité de chiffrage, non plus aptitude sensorielle mais compétence cérébrale pour le traitement mathématique. Le grand contraste avec la sensibilité est qu’elle est moins donnée d’emblée. Pas innée, faut-il entendre ? Attention, il existe bien une prédisposition du cerveau à traiter les nombres, mais les écarts entre individus sont bien plus marqués que pour les capacités sensorielles. La variété des sens fait que les aléas génétiques s’équilibrent davantage. Si j’ai un odorat moins détaillé, j’ai peut-être une oreille plus fine. Si j’ai une perception visuelle des mouvements plus lente, je sépare éventuellement mieux les couleurs. Etc. Tandis que la capacité mathématique est unique, créant une organisation neurale plus ou moins efficiente, sans compensation des écarts génétiques.

Ces écarts étant notables, la précision quantitative du cerveau doit être déclarée fortement innée. Les positions sur la ligne de départ sont très inégales. Mais cela laisse également une place considérable à l’acquis pour combler les écarts. L’éducation a un rôle majeur à ce titre. La capacité mathématique est aussi fortement acquise.

Réalisons au passage que c’est une erreur d’opposer l’inné et l’acquis. Les séparer en pourcentages, à propos de nos compétences, est une ineptie. Parlons de force de l’inné et de force de l’acquis, en les additionnant ensemble au lieu de les soustraire l’un à l’autre. Fin des “tares” héréditaires et des “boulets” éducatifs. On ne garde que le positif et on passe aux « super-centages », avec 300% d’aptitude mathématique au final si vous la travaillez.

Passer au positif pur introduit aussi une hiérarchie. Aïe, voilà qui n’est pas dans l’air du temps. Le pourcentage est en vogue parce que poliment égalitariste, respectueux du bien-pensant. Nos parts innée et acquise totalisent 100% chez tout le monde. Tous pareils ! La hiérarchie ne rend pas la pareille. Elle propose à la place l’odieux QI. Tellement détestable pour notre fier ego, inférieur à nul autre, qu’aujourd’hui vous trouvez une foule de sites chargés de calculer un QI gonflé à 160 pour prix de votre fréquentation.

Qualités égales et quantités inégales

Pourtant nous avons une hiérarchie de l’aptitude calculatoire dans l’espèce humaine, c’est un fait. Quelle est son effet sur le comportement ? Décidera-t-elle seulement de notre futur métier, de qui seront les milliardaires ? Ou a-t-elle des implications plus profondes sur notre destin ? Vous devinez son rôle dans la préférence entre les modes d’évaluation sus-cités, le qualitatif et le quantitatif. Les sensitifs se fient à la teneur de leurs impressions et les matheux ont la calculette intérieure en marche à tout instant.

Néanmoins vous n’imaginez pas à quel point cette préférence imprime chaque aspect de notre vie, jusqu’à notre adaptation au régime de société. Un “qualitatif préférentiel” est sensible à l’égalitarisme. Comment pourrait-on en effet comparer les qualités les unes aux autres ? Toutes sont dans leur univers propre, se prêtant à une évaluation locale, pas un classement général. Chacun a ses qualités dominantes, aucun “jeu” n’est meilleur qu’un autre.

Un “quantitatif préférentiel” est à l’inverse sensible à la hiérarchie. Il se sert de son évaluation chiffrée pour positionner les individus et les choses sur des échelles de valeur. Chaque qualité est rattachée à sa valeur dans un contexte. Il suffit de comparer les scores et prendre le meilleur pour attribuer à chacun sa tâche dédiée. La hiérarchie semble naturelle au quantitatif. Son aisance au chiffrement se retrouve également dans son facteur G, ce critère d’intelligence “générale” décrié mais pourtant facile à repérer en société. Un bon facteur G rend polyvalent dans les métiers. La quantification améliore l’efficacité de l’ensemble des processus intellectuels, aussi bien en matière d’abstraction que d’efficience physique.

Le facteur M

Pour faire pendant au facteur G, général pour l’intelligence, je vais introduire le facteur M, plus général encore pour les Mathématiques, ou plus exactement la capacité à quantifier qui sous-tend celle d’organiser. Peut-on démontrer son existence ? Contentons-nous pour l’instant d’une illustration. Lors d’une enquête en 2017 sur l’élection présidentielle, les étudiants en sciences humaines ont voté très majoritairement à gauche ; les ingénieurs et les commerciaux rejoints par les économistes ont voté à droite. Impossible d’expliquer ces tendances par la théorie marxiste des classes. Le critère ‘origine sociale’ ne sort pas, pas plus que l’intelligence générale. Tandis que le type d’études entreprises est discriminant.

Les sensitifs, amoureux de Proust, votent nettement à gauche, presque sans exception. Les matheux, fans de règles et d’équations, votent plutôt à droite, sauf peut-être les chercheurs purs, faiblement impliqués dans la vie sociale. Or la gauche est le foyer de l’égalitarisme, et la droite celui du hiérarchisme. Est-ce une surprise ? Nous retrouvons nos qualitatifs préférentiels, à gauche, en train de soutenir l’égalitarisme, et les quantitatifs à droite préoccupés de hiérarchisme. Le vote est enraciné plus profondément dans notre psychisme que nous le croyons. Il est en partie programmé génétiquement !… je me tiens bien sûr à distance de l’ineptie du pourcentage.

Mais si ce facteur M, l’aptitude à quantifier, impacte autant un choix profondément complexe comme le vote, n’aurait-il pas des effets sur le moindre aspect de notre vie ? Je m’en suis persuadé, à mesure que j’écoutais les destins individuels qui passent en nombre dans mon cabinet. C’est bien ce facteur M qui, pour revenir à notre question initiale, met une moitié des gens sur une pente financière ascendante, l’autre sur une pente descendante.

La quantification commence en effet dès la fondation de notre esprit, dès que des signaux neuraux sont organisés en concepts, en fonction de leur intensité, répétitivité et synchronisation. La quantification mesure et hiérarchise. Les alternatives conceptuelles sont comparées et sélectionnées. La synthèse progresse. L’esprit se complexifie.

La qualitatif est un bon empathe. Il a beaucoup d’amis. Car il conserve beaucoup de représentations alternatives à l’esprit, variées en qualités et collant mieux aux personnalités particulières de ses congénères. La quantitatif, lui, est un bon gestionnaire, a un meilleur compte en banque. Car il décide franchement de la représentation la plus juste et, s’il a choisi les bons critères, plie aisément la réalité à ses désirs.

De la tribu à l’économie mondiale

On peut s’étonner d’un tel écart génétique sur l’aptitude à la quantification. Pourquoi l’évolution n’a-t-elle pas sélectionné les bons gènes pour mieux répandre cette compétence au fil des générations ? Elle n’en a pas eu le temps. Elle n’avait pas prévu que l’espèce construirait une société aussi complexe en deux siècles, qu’elle inventerait la monnaie. Dans une tribu l’évaluation qualitative est avantageuse. Petit nombre de congénères. Les traiter par leurs qualités individuelles est plus efficace que les compter. Pas besoin de hiérarchie. L’anarchie fonctionne. L’humain tribal est un anarchiste naturel, de même que son descendant dans la société moderne : l’extrême-gauchiste qui juge des qualités plutôt que des quantités.

Nous naissons toujours avec cette prédisposition pour la vie en tribu. Par contre nous sommes inégalement équipés en quantification mentale naturelle, qui booste le destin au sein d’une société très organisée. Et cela se voit dès la petite enfance, dans l’aptitude à gérer son environnement, à s’intéresser aux qualités par le toucher ou aux quantités par l’observation. Quand le chiffrement accompagne chaque nouvelle découverte chez l’enfant, elle structure son esprit, le transforme en petit économiste naturel. Il commence à hiérarchiser ses désirs. Il est capable d’en réfréner un pour satisfaire un autre quantitativement plus important. Parce qu’il peut les comparer, contrairement à l’enfant qualitatif qui est égalitaire entre ses différents désirs. Le fameux test du Marshmallow, qui fait gagner davantage de friandises à l’enfant s’il attend pour les manger, s’explique ainsi. La bonne conclusion à son sujet est qu’il différencie les enfants qualitatifs, qui ne font guère de différence entre le plaisir de dévorer 1 ou 3 marshmallows, et les quantitatifs, attentifs à cette différence.

Le chiffrage mental marque l’ensemble de notre personnalité et de notre histoire personnelle, depuis la plus minuscule action. Gestion du frigo, achats en magasin, habillement, destinations de vacances, orientations professionnelles, lectures, motivation au travail, tout est affaire d’équations intérieures ! Avec sur certaines calculettes mentales plein de résultats qui se bousculent, difficiles à départager. Alors que sur d’autres s’affiche un choix net et précis.

On ne réalise pas à quel point les qualitatifs et quantitatifs ont des univers différents. Quand les qualitatifs croient gérer correctement leur budget personnel, ils font des erreurs grossières pour un quantitatif. Quand celui-ci croit comprendre la personnalité d’un congénère, il connaît surtout les gens qui calculent comme lui, et superficiellement les autres.

Entre inné et acquis

Il existe enfin de curieux cas intermédiaires, et je connais intimement l’un d’eux. Il s’agit des personnes sans disposition innée pour la quantification, au point que si elles sont repérées correctement par le milieu éducatif on parle de dyscalculie. Cette étiquette leur vaut un soutien particulier. L’acquis vient au secours de l’inné. Le plus étonnant est peut-être quand le soutien devient si attentif qu’il guide le choix professionnel. La personne devient comptable, ou employée de banque, alors qu’elle est naturellement plus douée pour les relations humaines grâce à sa préférence qualitative. Pourquoi pas ? J’ai toujours pensé qu’il ne fallait pas faire de sa passion son métier. C’est la dernière chose à affadir par l’uniformité quotidienne.

Donc nous avons chez ces individus surprenants, en matière de calcul, une compétence acquise forte par dessus un talent inné faible. Le résultat est-il une addition, comme je l’ai proposé au début ?

Pas tout à fait, et il me faut donc relativiser mon positivisme ingénu. En matière de complexité, les niveaux d’efficience ne s’additionnent pas, ils se surimposent. Qu’est-ce que cela signifie ? L’efficience se construit du bas vers le haut. Si la fondation montre des défauts, le sommet ne pourra jamais monter aussi haut que sur une fondation saine. Il est possible de rattraper des erreurs dans les étages supérieurs. Ce que fait l’enseignement : une correction d’erreurs. Certains en ont besoin, d’autres non. Il n’est pas difficile de comprendre que les seconds dépassent tous seuls le professeur.

Lorsque l’éducation scolaire intervient pour corriger le jugement quantitatif, les fondations de la personnalité sont déjà en place. Beaucoup d’actions courantes ne sont pas chiffrées. Beaucoup d’opportunités sont considérées équivalentes à d’autres. Pour un artiste, c’est un immense avantage. Pour le sociétaire d’une économie complexe c’est un handicap. Il aura du mal à hiérarchiser ses désirs, trancher entre eux, gérer son portefeuille. Il dépense plus qu’il ne gagne, parce que cette équation n’est pas inscrite au coeur de ses décisions. Le quantitatif, lui l’a constamment à l’esprit sans même y faire attention. Il épargne sans réfléchir.

Le cygne noir

Nous avons ainsi dans le paysage d’étonnants cygnes noirs, qualitatifs par nature et quantitatifs par formation, aussi à l’aise que les autres pour avancer sur le lac des signes (mathématiques) mais qui auraient du mal à plonger en profondeur. Ils ont mis en place des habitudes efficaces, très personnelles, pour gérer les nombres, entièrement fruit de l’acquis. Il faut saluer cette ténacité exceptionnelle à s’approprier un langage pour lequel on n’a que peu de disposition. C’est assurément une réussite plus remarquable que d’en être équipé génétiquement.

Cela n’en fait pas des gens riches pour autant. Ils ont peu de chance d’être directeur de banque, chef d’entreprise, ou milliardaire dans une activité quelconque. Ils en sont empêchés par leur jugement de valeur qui reste fondamentalement qualitatif, égalitariste. Monter dans la hiérarchie ce n’est pas faire des comptes à un moment donné, c’est calculer depuis la racine intime de sa personnalité, être entièrement dans la quantification, être soi-même une hiérarchie intérieure qui se prolonge dans la sociale.

Notre cygne noir reste un qualitatif par nature, qui exerce son métier grâce à un vernis de quantification. Il ne s’arroge aucun pouvoir supérieur aux autres, et ne rend le sien inférieur à aucun. Il est formaté pour l’économie du don. Une offrande donne éventuellement lieu à une autre en retour, de qualité équivalente, sans qu’une mesure intervienne. Cette économie s’arrange mal de la monnaie, des comptes chiffrés. Le portefeuille s’ouvre et on prend quelque chose dedans, sans regarder s’il reste autre chose. Ce serait compter, et non donner. Inutile de chercher à remplir un portefeuille lorsqu’on est qualitatif, puisqu’il n’a qu’une ouverture, et pas de fond…

Faune économique

Voici donc comment des gènes calculateurs déterminent notre paysage social. La masse des qualitatifs sont des poissons baignant dans l’océan des chiffres, les respirant sans les métaboliser, en galère quand il faut les utiliser vraiment. Ils militent pour former un seul banc, immense et égalitaire. Les quantitatifs sont les cygnes blancs, qui courent aisément sur l’océan des chiffres et décollent pour atteindre les nuages de l’élite économique. Et enfin le cygne noir se débrouille plutôt bien, boudant le ciel mais rarement en galère, et toujours ami avec les poissons. Il fait un merveilleux compagnon 😉

Ne tirez pas de cet article la conclusion hâtive qu’il existe des chanceux et des malchanceux. En effet selon que l’analyse est qualitative ou quantitative, les étiquettes sont inversées. Ma métaphore du cygne qui décolle vers le ciel est à double sens : il peut se casser la figure. Le poisson a une vie plus tranquille. Disons que le cygne est favorisé par l’économie moderne fondée sur la propriété et la monnaie, tandis que le poisson est plus à l’aise dans le communautarisme et l’économie du don.

Les positions sociales ne sont pas téléguidées par l’aptitude à quantifier. Une aptitude réduite fait une meilleure intelligence émotionnelle, la plus qualitative. L’empathie qu’elle procure permet de faire travailler les quantitatifs à son profit. Les cercles sociaux amortissent les différences entre qualitatifs et quantitatifs. Dans un couple si l’un dépense plus qu’il ne gagne il y a des chances que l’autre soit en mesure de faire le contraire.

Ne cherchez donc pas les deux moitiés économiques de l’humanité dans le paysage social. Elles ne sont guère apparentes, même si l’aptitude à quantifier est derrière chacun de nos actes. Notre esprit est chiffré. Nous n’en prenons jamais assez la mesure devant un acte isolé, en lui-même purement qualitatif. La mesure ne peut se faire que sur l’enchaînement complexe, invisible, qui a produit cet acte. La quantification opère en profondeur, pas sur le surnageant.

La bonne nouvelle est qu’il n’est pas nécessaire d’entreprendre une psychanalyse interminable de notre inconscient économique défaillant. Quelques techniques cognitivo-comportementales suffisent. Le cygne noir est là pour en témoigner. Elle ne sera jamais exploiteuse milliardaire mais jamais miséreuse non plus. C’est elle qui sera la plus encline à aider les autres sans se défausser sur une solidarité étatisée. Et à leur transmettre quelques notions de quantification pour ne pas replonger.

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1 réflexion au sujet de « L’esprit économique »

  1. David McWilliams, dans ‘Argent, une histoire de l’humanité’ (2024), date un profond bouleversement de l’Humanité à l’invention de la monnaie. Avant elle était mythologique (avec Homère en l’an 800 av.JC); après elle est économique (Xénophon, premier économiste histoire en 300 av.JC). Pourquoi ? Parce que la monnaie oblige à un raisonnement chiffré pour tant d’aspects de la vie quotidienne qu’elle devient un principe fondamentale de la vie sociale mais aussi personnelle. La psychologie est pas étanche. L’esprit se met à penser constamment en termes de valeurs quantitatives, ce qui mobilise la raison logique. Les dieux de l’Olympe et l’animisme deviennent des explications trop fantaisistes. Elles reculent devant les raisonnements matérialistes. Avec la monnaie et le chiffrage, l’Humanité sort de l’obscurantisme. Le marché conteste le temple dans l’échelle d’importance.

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