Cher circuit de la récompense

L’altruisme pur n’existe pas

Lorsque je transmets une information sur le net, le fais-je par altruisme, pour le simple plaisir de répandre la connaissance ? Je voudrais m’affirmer désintéressé, mais non. Le ‘simple plaisir’ est bien plus important qu’il n’y paraît. Je cherche à stimuler mes circuits de la récompense. Sans ce starter initial, sans doute n’écrirais-je pas le moindre mot. Son réseau neural relie les ganglions de la base au lobe frontal. Quand il est lésé, la personne montre une apathie extrême. Toute envie d’entreprendre, voire de penser, disparaît.

A l’inverse un emballement de ce réseau déclenche un état maniaque. Hyperactivité hors de contrôle, qui fait basculer facilement dans les addictions. Existe-t-il un réglage idéal de ce circuit ? Pas vraiment. Il dépend de neurotransmetteurs dont la production change sous l’effet de nombreux facteurs, génétique, âge, évènements personnels, maladies, drogues exogènes. Il est facile de devenir addictif à son propre circuit de la récompense, comme le montrent les expérimentations animales (le célèbre rat qui appuie sur la pédale injectant un stimulus dans son centre du plaisir, jusqu’à mourir de faim). Peut-être le facteur qui nous différencie le plus est-il la dépendance à la récompense

Quelle remarque essentielle peut-on en tirer chez nos contemporains ? Transmettre une information, c’est en premier lieu en tirer récompense, avant tout jugement abstrait. La qualité de l’information, son authenticité, sa moralité, tout cela est secondaire. L’objectif prioritaire est d’obtenir un like, un nouveau suiveur, une retransmission, un véritable message de félicitations.

L’infox-excitation

Constat effrayant, n’est-ce pas ? Il explique la circulation des infox, devenue tellement dense qu’elle crée des embouteillages cérébraux. L’explosion ne vient pas d’une indifférence au mensonge, comme on l’entend souvent. Elle vient des circuits de la récompense, trop pressés d’engranger leur bouffée d’euphorie pour attendre une validation par la raison. L’infox est une petite pression sur la pédale du plaisir, qui annonce l’excitation.

Ne serions-nous que des rats plus savants ? N’y aurait-il alors aucune motivation intellectuelle à communiquer ? Si bien sûr, vais-je soutenir pour terminer ce post déprimant ! Mais cette motivation logique, belle et pure abstraction, vient en second ; il faut se l’avouer. Pour qu’elle émerge, je dois nourrir régulièrement mon circuit de la récompense, avec des plaisirs variés, lui éviter toute frustration prolongée, lui garantir sa prochaine dose par un environnement favorable. Autrement dit, il cesse son hystérie quand tout va bien pour moi.

Résistance à l’infox, une question de bien-être personnel ?

Intellectuels, souvent affranchis des contingences matérielles, nous avons tendance à penser que les plaisirs sophistiqués évincent naturellement les sommaires. Récompenses métaphysiques plus séduisantes que l’alimentaire. La raison s’offre même le luxe de les vivre dans la vraie réalité, la consensuelle, débarrassée des mensonges. Raffinement spontané ? Non. Les réjouissances abstraites n’ont le champ libre que si les concrètes sont satisfaites ou ont l’assurance de l’être. Les premières chevauchent les secondes.

Un peu de mansuétude pour les propagateurs d’infox, que les tweets&chats transforment en vaporisateurs hypersensibles. Quand le doigt se pose sur la touche envoi comme sur une gâchette, il y a un circuit affamé derrière.

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