Comment réagir à l’exceptionnel?

« Qu’aurais-je fait à leur place ? », se demande Sven Ortoli en arpentant les rues de Pompéi. Fuir ou rester alors que le Vésuve commence à s’agiter ? Les habitants n’ont jamais vécu ou entendu parler d’une éruption. Pas de modèle scientifique. Que décider à partir de rien ?

Trouver le bon départ

Sven ne connaît malheureusement pas l’UniPhiM1the universal philosophy method et se trompe de regard. Il cherche en lui-même la réponse, alors que les situations exceptionnelles révèlent au collectif quel type d’individu nous sommes. C’est le regard du monde sur soi qu’il faut utiliser et non le contraire.

Chacune de nos réalités intérieures est bâtie à sa manière. Il existe autant de “Vésuve agité au-dessus de Pompéi” que d’habitants dans la ville. Comment concevoir une théorie de la décision à partir de cette incommensurable diversité ? Elle pourrait être au mieux vague et générale, en sondant les tréfonds ontologiques de l’âme humaine, mais inapplicable à l’individu, qui s’est défini un univers particulier.

De la décomposition à la composition bayésienne

“Comment réagir à l’exceptionnel?” questionne la cohérence de chaque monde intérieur. C’est une mauvaise question, quasiment un oxymore : ’exceptionnel’ ne concerne que soi et ‘comment réagir’ s’adresse à la cantonade. La bonne version est “Pourquoi réagirai-je ainsi, moi ?” Vais-je atermoyer, me décomposer, tiraillé entre toutes les attitudes possibles ? Ou réagir impulsivement, court-circuitant une réflexion qui n’est pas mon fort ?

Ou bien vais-je transformer ma profonde incertitude initiale en approximation raisonnable ? Je peux convoquer tous les critères utiles en gardant active l’incertitude finale. Elle n’est pas incompressible. Je peux au contraire la réduire avec la pensée bayésienne, mode de pensée intuitif et développé chez les gens dits “malins”, qu’il faut seulement alimenter en données pertinentes.

Faire cuire la recette individuelle

Mais la pensée bayésienne n’est pas suffisante pour faire un bon décisionnaire. Ce que révèle l’exceptionnel, c’est la confiance de chacun en son noyau identitaire. Son auto-appréciation. Lorsque l’intelligence a déterminé le meilleur chemin, encore faut-il s’y tenir.

Le plus délicat pour un décisionnaire est d’étendre ses critères au collectif qui s’associe à lui. Un effort solitaire est rarement le plus adapté. Il s’insère dans les autres, positifs et négatifs. La décision individuelle doit subir une cuisson sociale. Elle peut en sortir brûlée et indigeste. Mieux vaut s’en préoccuper à l’avance.

Pas très doués pour construire une fourmilière

Sven termine joliment son évocation vésuvienne avec un parallèle sur le volcan socio-climatique contemporain, prêt à exploser lui aussi. Partir de cette planète n’est pas un choix possible. La catastrophe menace la fourmilière humaine.

Mais les vraies fourmis s’en tireront mieux que nous, sans technologie. Comment est-ce possible, alors que leurs capacités bayésiennes et décisionnaires sont largement inférieures aux nôtres ? Parce que nos efforts restent justement solitaires, groupistes, incoordonnés. Ce n’est plus la confiance en soi qui manque. Au contraire cette confiance est en train de faire exploser la Terre. Individualisme forcené qui n’inclue plus la collectivisation de son chemin personnel, qui refuse de le soumettre à la cuisson sociale.

Les fourmis humaines sont en débandade. Jamais autant reliées par les réseaux. Jamais autant en train de télescoper les autres.

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Au-dessous du volcan, Philomag

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