Entropie et second principe: la grande mystification

La mystification du désordre ultime

L’entropie est la mesure du désordre d’un système isolé. Le second principe lui est systématiquement associé : le système ne peut évoluer que vers une plus grande entropie / le désordre. C’est une grandeur additive (en science on dit extensive) : l’entropie du système est égale à la somme des entropies de ses parties. De quelle mystification vais-je vous parler ? Faire de l’univers un vaste système fait d’un puzzle de systèmes plus réduits, en conclure qu’il évolue inéluctablement vers un désordre ultime. Épilogue aberrant, énoncé par quelque chose qui le contredit : le mental humain, système le plus ordonné que l’univers connu a produit, après une évolution déjà fort longue.

Dans la définition de l’entropie

À quelle étape se situe l’erreur ? À chacune d’entre elles. Dans la définition même de l’entropie, qui omet de préciser à quel regard elle appartient. En effet l’entropie est propriété du mesureur, ce qui comptabilise le désordre. Cet appareil / cet esprit capable d’analyser le désordre est situé à un niveau de complexité supérieur. L’entropie est propriété de son regard descendant (dans la dimension complexe). Tandis que les éléments du système se contentent d’explorer leurs relations possibles. Pour eux, pour leur regard ascendant, il s’agit d’une diversification des états possibles. Dans cette direction ils ne voient aucun désordre ; ils multiplient les ordres qui leur sont accessibles. Ainsi, l’ordre n’est pas l’inverse du désordre ; ce sont des ordres différents, selon le regard utilisé.

Dans le second principe

Deuxième erreur: le second principe. Il utilise une définition fausse du système, celle du mesureur et de son regard descendant, alors qu’en réalité le système s’auto-délimite. La définition appartient aux éléments en relation. Ce sont eux qui “voient” les limites du système, avec leur regard ascendant. Ils utilisent leurs degrés de liberté disponibles à l’intérieur de ce “conteneur” qu’ils ont eux-mêmes formé. Dans cette direction, le désordre vient d’un ordre extrêmement précis, fondé sur les propriétés constitutives des éléments. L’évolution que le second principe appelle ‘plus grand désordre’ est pour les éléments un ‘équilibre’, fondé sur plusieurs résultats possibles : 1) Le système a fini d’explorer ses degrés de liberté ; il boucle sa chaîne d’interactions. 2) Un état du système est suffisamment stable pour interrompre l’enchaînement. 3) Le nombre d’états possibles est quasi-infini mais chacun d’eux a des propriétés infiniment voisines. Dans les 3 cas le système apparaît comme individuation stable. Il devient ‘élément’ d’un cadre temporo-spatial différent, autre niveau de réalité.

Dans une vision trop horizontale

Pourquoi le mesureur parle-t-il dans ce cas d’augmentation d’entropie / de désordre ? Ne venons-nous pas d’assister, au contraire, à un gain d’ordre / une néguentropie ? La confusion vient d’un mesureur cantonné au niveau de réalité constitutif. S’il réduit son regard descendant à ce niveau, il constate effectivement une augmentation du désordre / de la quantité d’information nécessaire pour le décrire. Mais en se haussant d’un niveau il peut compresser cette information croissante en propriété uniforme du système. Il ne s’agit plus d’un ‘système de particules’ mais d’un ‘atome’. Ce niveau d’information ne fait pas disparaître le précédent. Il se surimpose à lui.

Le second principe est intrinsèque à un niveau de réalité. Il ne s’applique pas à la dimension complexe, qui est néguentropique. Meilleure explication de la présence du mental humain, juché au sommet connu de cette dimension, et particulièrement néguentropique dans sa manière de transformer les choses.

L’entropie n’est une grandeur extensive qu’à l’intérieur d’un niveau de réalité. Nous pouvons additionner les entropies d’ensembles de molécules, mais pas des entropies d’entités biologiques avec les molécules, et encore moins avec des éléments du mental. Leurs niveaux de réalité ne sont pas miscibles.

La complexité est néguentropique

L’univers apparaît globalement néguentropique, en tenant compte de sa dimension complexe. Le second principe favorise en fait cette évolution, en poussant les systèmes vers l’un des équilibres décrits, ce qui les rend individués. Il construit les marches de la complexité.

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