Dieu, la science, les preuves

Lire de préférence en premier : Comment étudier la religion ?

Un best-seller malhonnête

Que vaut le best-seller de Michel-Yves Bolloré et Franck Bonnassies paru en 2021 ? Sa médiocrité est confondante. Clairement écrit pour séduire les gens déboussolés par l’antagonisme religion/science, il n’apporte aucune idée neuve, ni la moindre preuve. Des croyances sont adossées à d’autres croyances, puis le fait qu’elles soient compatibles est transformé en démonstration mutuelle. Pire, les auteurs sont malhonnêtes dans leur recherche d’une caution scientifique. Ils font préfacer le livre par Robert Woodrow Wilson, Nobel octogénaire et co-découvreur du fond diffus cosmologique, en lui soumettant seulement la 1ère partie du livre, résumé de connaissances astrophysiques. Contacté par l’Express et informé de la suite du texte, Wilson déclare qu’il aurait du refuser sa contribution, que « science et religion doivent rester séparés ». 

Toute démarche scientifique commence par un recueil des données sans idée préalable de leur interprétation. L’enquêteur ne fait que se poser une question. Ici : Dieu existe-t-il ? Bolloré et Bonnassies ont déjà leur conviction. Tous deux fortement impliqués dans la Fondation pour l’évangélisation par les médias. Bolloré fait partie de l’Opus Dei, organisation de promotion chrétienne. Bonnassies fait des conférences pour démontrer l’authenticité du suaire de Turin. Que leurs croyances soient respectables ou non, elles déconsidèrent d’emblée leur objectivité pour enquêter sur Dieu et la science.

La plus grande imposture des auteurs est de chercher à nous vendre un Dieu empreint de moralité en décrivant un univers qui ignore complètement cette notion. La moralité appartient au produit fini, l’humanité, et non à la chaîne de production. Comment surgit-elle ? Aucun indice. Peinture ajoutée par le Créateur à sa créature. Les explications de la moralité divine sont tautologiques. Tout conduit à penser que le Dieu des religions a été créé par l’humain plutôt que le contraire. Chaque culture a conçu sa propre version, son propre corpus moral. Corpus tiraillé au fil des siècles entre la nécessité de rester fidèle à la révélation initiale et l’évidence que l’éthique sociale a changé.

L’effet le plus néfaste du bouquin

est d’empêcher ses lecteurs de réfléchir sur ce qui pourrait être véritablement le principe créateur de notre univers. Entrave à ce que la science peut dire à ce sujet. Elle a en effet son propre panthéon divin, qu’elle appelle les “lois naturelles” ou les “forces fondamentales”. Elle cherche même sa ‘Théorie du Tout’ capable d’unifier toutes ces divinités mineures. Son Dieu unique.

Pour s’en faire une idée vraiment universelle, il faut commencer par se vider l’esprit de nos héritages culturels et de ces bagarres stériles à propos du peuple qui a reçu la meilleure révélation. S’informer sur Dieu c’est interroger l’univers. Sans lui dicter ses réponses comme l’ont fait Bolloré et Bonnassies.

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