Comment surmonter la dichotomie entre monisme et dualisme ?

Les monades de Leibniz

Le dualisme de Descartes (esprit et matière sont des réalités séparées) s’oppose au monisme de Spinoza (il existe un seul niveau de réalité). Leibniz, à la fin du 17è siècle, a voulu surmonter cette dichotomie avec ses monades, infinité de points de substance agissante. Indépendants, chacun d’eux exprime l’univers tout entier. Leibniz se sert des infinis, dont il a inventé le calcul, pour loger dans un point minuscule tout ce qui existe, ordonné dans sa configuration spécifique. Sa théorie est un renversement du tout et de l’élément. La diversité passe dans l’élément et l’uniformité dans le tout.

Michel Eltchaninoff, dans Philomag, se dit convaincu par Leibniz, malgré l’étrangeté de cette théorie. Il prend l’exemple d’un grand vin, dont la multitude d’arômes, ananas, citrons confits, safran, cardamome, cuivre, déborde largement le terroir où le raisin a grandi. Mystérieusement le monde entier semble contenu dans une gorgée de vin. Michel fait la même analogie avec une promenade dans Paris, qui réveille chez lui un concentré d’Histoire et de souvenirs personnels. Un point géographique révèle une vie de déplacements.

La puissance du regard descendant

Cette extravagance, qui fait sourire tout scientifique, révèle la puissance du regard descendant/téléologique quand il n’est pas contingenté. Une autre de ses manifestations est bien connue des lecteurs de SF : imaginez qu’une particule fondamentale de notre univers soit en fait un univers complet elle-même. La réalité ressemblerait alors à un emboîtement de poupées russes, chaque univers étant à la fois tout et fraction infime d’un univers supérieur. Imaginons plus fort, pour plaire à Leibniz : chaque particule-univers est en fait… notre univers entier, bizarrement formé d’une infinité de ses propres lui-même(s). A ce point nous avons tellement décollé dans l’ésotérisme que même le plus avancé des scientifiques ne peut nous dénigrer. Aucun moyen d’invalider une telle hypothèse avec la connaissance actuelle.

Impossible de débouter Leibniz, donc. Mais je vous laisse réfléchir à l’énorme quantité de questions insolubles qu’il ajoute pour résoudre l’unique qui nous préoccupe. C’est généralement le problème avec le regard téléologique : il diversifie les réponses mais affaiblit la possibilité que l’une d’elles soit la bonne. Le réel n’est pas questionné. Tant qu’il n’a pas donné son avis, on peut l’affubler des masques les plus fantastiques sans se faire moquer.

Ajoutons le regard ascendant

Ajoutons maintenant le regard du réel, dit ontologique ou ascendant, sur nos philosophes : il dit qu’ils sont des entités de complexité vraiment élevée. Dès lors Leibniz, comme Eltchaninoff, en s’éprouvant, perçoivent cette grande complexité. Ils expérimentent leurs innombrables afflux sensoriels organisés et codifiés pour devenir… leurs pensées. On leur dit même aujourd’hui qu’ils sont molécules, atomes, particules. Ils ne sont pas un niveau de réalité, ni deux, mais une multitude. Intriqués. Surimposés.

L’univers que nous pouvons comprendre n’est pas fait d’indépendances mais de relations asymétriques, définissant un pôle d’individuation et un pôle de collectivisation en toute chose. Indépendances relatives formant des systèmes dans un niveau de réalité. La stabilité de ces systèmes les transforment à leur tour en éléments d’un plan de réalité supérieur. C’est la dimension complexe.

La complexité pour surmonter la dichotomie

Positionner un point de matière ou un esprit dans cette dimension permet de comprendre ce qui le constitue et ce qu’il éprouve. Monisme découpé en une multitude de tranches indissolubles de leurs voisines. Cette théorie qui fonde Surimposium ne vous semble-t-elle pas mieux surmonter la dichotomie monisme/dualisme, cher Michel ? Elle prétend résoudre la majorité des controverses au lieu d’en susciter de nouvelles.

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