Comprendre Surimposium, théorie intégrale de la réalité

Abstract: L’introduction plante le décor pour une Théorie du Tout (Theory of Everything ToE) : l’observable, l’éprouvable, les concepts-racines, les limites, l’auteur. La partie 1 présente le fil transcendantal retenu, le principe TD (soliTaire vs soliDaire, tout vs partie). De ce principe est déduit le cadre fondamental de la réalité, la variété complexe, doté de deux dimensions, horizontale (les systèmes) et verticale (profondeur complexe). La partie 2 présente une méthode épistémique universelle fondée sur ce cadre. Ambition: vérifier que la méthode peut englober l’ensemble de nos manières concurrentes d’observer, philosophiques autant que scientifiques, et les faire coïncider sur la ToE retenue. La partie 3 examine de plus près les rouages de la ToE : Qu’est-ce qu’un niveau d’émergence, physiquement ? La clé est dans la convergence des probabilités d’un système d’information intégrée. L’émergence est physiquement la stabilisation de la répartition de ces probabilités, qui est en soi déterministe. La partie 4 confronte la ToE aux grandes questions irrésolues : conscience (= approfondissement dans la verticalité complexe), libre-arbitre (augmente à mesure que l’approximation consciente étend son champ de critères), temps (rendu à la propriété de chaque niveau complexe). Conclusion sur la spiritualité, direction montrée par l’élévation de complexité, prédictions possibles, mais domaine encombré de croyances héritées. Le prosélytisme vient du soi et non du tout.

Sommaire

Introduction

Aucune Théorie du Tout (Theory of Everything ToE) n’a pu encore rendre compte de tout ce que nous observons et éprouvons, sans parler de ce que d’autres que nous pourraient également observer et éprouver. Tous les essais de ToE sont handicapés dès le départ par l’obédience de l’auteur : religieux, philosophe, scientifique, baleine, éléphant, arcturien ? Nous sommes ce qui nous entoure, nous sommes un ensemble de représentations de monde qui n’a pas été conçu au hasard. Le premier point à juger dans une ToE est alors : Qui l’a élaborée ? Avec les questions subsidiaires : Quelle a été la motivation première de l’auteur, ses influences, le contexte de sa vie, de sa pensée ?

L’auteur est un point de départ en tant que point d’arrivée. Ce n’est pas le seul paradoxe que nous allons rencontrer. Une ToE est une théorie relationnelle. Observer c’est interagir. Éprouver c’est être le siège d’une relation intrinsèque. Il y a échange et non séparation entre le processus et le résultat. Le signe ‘=’ dissimule volontiers des émergences. Un résultat est une transformation. Les éléments initiaux ne sont pas forcément modifiés, sont à présent dans une configuration particulière. Leurs informations sont intégrées et l’ensemble forme une émergence spécifique, un niveau supplémentaire d’information.

Émergence

L’émergence fait-elle partie de l’ontologie des choses, de leur être ? C’est l’objet d’une discorde épistémologique. Nos méthodes de connaissance s’accrochent à ce sujet. Par contre les émergences occupent l’essentiel de la vie courante. Notre téléologie d’observateur s’appuie constamment dessus. La moindre de nos intentions se nourrit des apparences émergées des processus, ceux-ci étant la plupart du temps ignorés. En reproduisant finement le processus nous reproduisons l’apparence, que nous appelons ‘propriétés’. Micromécanismes et propriétés semblent indissolubles. Ils gardent pourtant une indépendance relative : si nous mettons en route un mécanisme jamais essayé auparavant, nous ne pouvons prédire avec certitude quelles seront ses propriétés. L’apparence globale n’est pas déjà contenue dans les éléments du mécanisme. Ce sont leurs relations qui vont la créer.

Concepts-racines

En quelques paragraphes je viens déjà d’introduire beaucoup de concepts : observateur, relation, information, émergence, processus, indépendance, élément, ensemble… Un déluge ? Il n’est bien sûr pas destiné à vous noyer, cher lecteur, mais à éveiller votre curiosité. Néanmoins il est vrai qu’il faudrait supposer que nous les entendons tous deux de la même façon, et que nous n’ayons pas récolté le même concept branlant, mal foutu, en raison d’une éducation similaire. C’est l’humanité entière qui laisse parfois sédimenter dans le langage des concepts qui demanderaient une actualisation. Par exemple la notion de temps la plus répandue est incorrecte. Le 2ème point essentiel, dans une ToE, consiste alors à se pencher sur nos concepts les plus basiques et vérifier leur solidité.

Ce n’est pas une tâche facile. Les concepts sont formés de sous-concepts. Certains ont la chance de correspondre à un objet réel et semblent bien concrétisés. Mais qu’en est-il des concepts abstraits, avec lesquels nous discutons tous les autres ? Toutes les images ne sont pas faites d’entrées sensorielles. En descendant à la racine des abstractions, nous tombons sur des concepts-racines, indécomposables, tels que individuation, totalité, information, temps, déroulement, ordre, origine, impression, etc. Pour expliquer l’un de ces concepts à un enfant il nous faut recourir à un discours jamais terminé où l’on utilise toujours le concept lui-même, dans un joli tête-à-queue. Et nous découvrons en même temps que l’enfant sait très bien, quelque part en lui, ce dont il s’agit. Le concept est pré-inscrit, il s’agit juste de l’extraire, de le présenter à sa propre conscience.

L’amphithéâtre humain

Ce qui met en lumière notre programmation intime. Nous naissons avec des concepts prédéterminés. Le langage en est une composition infinie mais la décomposition est ardue et finit dans le vide. Du moins dans un vide langagier car le langage reste un masque posé sur l’ontologie des choses. Nous pouvons supposer que derrière l’insuffisance du langage il reste une ontologie à décomposer, si la notion de décomposition garde un sens. Cette limite infranchissable nous sépare de l’essence des choses. Le langage mathématique est un masque remarquablement ajusté mais ne franchit pas mieux la limite. Il reste un système de sigles propriétaires de notre esprit en relation avec l’intimité des choses. Un masque.

L’humilité est de mise et la collection de nos épistémologies apparaît comme un grand capharnaüm empli de ces masques baroques et chatoyants élaborés au fil de l’Histoire, les plus récents d’un aspect quelque peu robotique. Quelle panoplie allons-nous choisir ? Aucune, bien sûr. Le coureur de ToE se promène dans la boutique, fort intéressé par le talent des artisans. Mais il cherche à comprendre l’art utilisé plutôt qu’apprécier le résultat. Il veut installer chaque masque à sa place, dans une organisation générale qui sera sa ToE, leurs places étant de préférence consensuelles. La ToE, même parfaitement structurée, restera un amphithéâtre de construction humaine, suspendu dans l’essence des choses. Impossible d’en sortir en raison des limites infranchissables propres à la nature même de l’esprit.

Et hors de l’amphi ?…

Ce qui n’interdit pas de gloser sur ce qui peut exister au-delà. L’espoir repose sur la notion de fil conducteur. Supposons que nous ayons trouvé une ToE valable d’un bout à l’autre du monde que notre esprit peut englober, et qu’un principe transcendantal relie sans défaut la porte d’entrée à la porte de sortie. Il est raisonnable de croire que le principe se poursuit dans les extérieurs qui nous échappent…

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Partie 1 – Le principe/conflit TD

Chercher un moteur fondamental à la réalité n’est pas une mince affaire. Assez simple pour être à l’origine de tout, mais assez compliqué pour générer toute la complexité ? Une gageure, n’est-ce pas ? L’examen des principes candidats retrouve un seul point commun : tous ont leur antithèse. Pourquoi préférer la thèse à l’antithèse, si je veux enfanter une théorie indépendante de mes préférences ? Mon premier mouvement est de garder le couple. Le principe sera la thèse confrontée à l’antithèse. Une synthèse s’impose alors : le principe est un conflit, le conflit. Quelle thèse choisir, à présent, pour toucher au plus près l’origine ? Être, en conflit avec ne pas être ?

L’être est la racine de l’ontologie, de l’existence, mais avec lui nous ne sommes pas encore tout en bas de l’édifice conceptuel. L’être concerne une individuation, une indépendance relative au milieu de quelque chose de plus large. Indépendance relative ? Oui, cet oxymore est gênant mais désigne parfaitement l’ambivalence d’être individué dans quelque chose. L’individu seul serait tout et le concept d’individu-ation n’aurait aucun sens. Nous arrivons ainsi à notre couple fondamental, indissoluble : “s’individuer” vs “faire partie de”, que je symbolise dans le T de soliTaire vs le D de soliDaire.

L’intérêt de ce conflit est qu’il n’est pas figé, comme dans la plupart des oppositions conceptuelles, mais gradué : toute chose peut se mesurer comme un réglage dynamique entre soliTaire et soliDaire, un réglage TD. Mieux, la chose peut s’éprouver davantage comme T ou D. Mesurer et éprouver. Le principe contient du quantitatif et du qualitatif.

Redisons-le clairement : Le principe TD n’est pas le conflit entre éléments d’un ensemble, mais la tension entre chaque élément et le tout formé de lui et des autres.

Comment nous conforter dans l’idée qu’il s’agit du bon principe ?

Il est tentant de chercher des références historiques. Arthur Koestler a utilisé ce principe dans le holon (un tout/partie), élément fondamental d’une réalité vue comme holarchie (hiérarchie de holons). Plus encourageant encore, le TD se retrouve sous une forme ou une autre dans toutes les disciplines scientifiques. Lorsqu’un chercheur s’avise de son importance, il débouche immanquablement sur une riche production théorique. Prenons l’exemple de la reconstruction de la théorie quantique trouvée par Carlo Rovelli en 1996 :

Rovelli part de deux axiomes :
A1: Il existe une quantité maximale d’information pertinente qui peut être extraite d’un système.
A2: Il est toujours possible d’obtenir de l’information nouvelle d’un système.
A1 et A2 semblent à première vue contradictoires mais non : notez l’adjectif ‘pertinente’ accolé à l’information maximale du 1er axiome. Il trace une limite à l’information récupérable… pour un observateur.

Chez Rovelli comme chez Shannon, l’information est observateur-dépendante. Impossible de séparer les deux. Aucune information n’est intrinsèquement objective, entièrement définie par elle-même. Une information n’est individuée qu’en rapport avec le tout.

Notre principe TD vient d’apparaître. Traduisons avec lui les axiomes de Rovelli : A1 est énoncé par le T ; il existe une quantité maximale d’information pertinente pour un observateur soliTaire. A2 est énoncé par le D ; il est toujours possible d’obtenir de l’information nouvelle pour l’ensemble soliDaire des observateurs. La quantité d’information tirée du système, en pratique, se positionne entre celles obtenues par les T(s) isolément et le D, entre limitée et illimitée. C’est un exemple du réglage TD évoqué précédemment. Cette reformulation du principe TD permet à Rovelli de reconstruire la mécanique quantique, à quelques choix supplémentaires près —ce qui fait penser ceci : le couple d’axiomes est une dérivation du TD, mais décider de maths à son sujet en est une interprétation, c’est-à-dire que l’on a déjà sans doute franchi des bifurcations dans la complexité et des choix apparaissent.

TD: polyvalence et ambivalence

J’ai choisi volontairement l’exemple de Rovelli, un peu ardu, parce qu’il montre comment redécouvrir une théorie physique fondamentale à partir du TD, mais il est facile d’en trouver des applications plus évidentes parmi toutes les disciplines, voire dans la vie courante. Ne sommes-nous pas tiraillés en permanence entre le besoin de satisfaire un ego mais aussi respecter l’intérêt d’un collectif, famille, corporation, nation, religion ? Ces deux tendances nous définissent simultanément. En sciences humaines, le T s’écrit « J’ai droit à » et le D « Je sers à ». Autres noms pour le conflit TD : liberté vs égalité, parler à la première personne vs la troisième personne.

Cette ambivalence, de même que celle de l’information définie par Shannon et Rovelli, indique que le T (soliTaire, individuation) n’existe jamais isolément, mais toujours en référence au D (soliDaire, globalité). Que recouvre exactement cette “globalité” ? Est-ce “tout ce qui existe” ou seulement un tout significatif pour l’individu en relation avec lui ? Est-ce une partie plus réduite, la fraction du contexte qui concerne un éventuel observateur ? La globalité est en fait une série de tout(s) emboîtés, d’observations logées dans des contextes eux-mêmes logés dans des cadres plus larges. Nous ignorons quel nombre de boîtes forment la série et même s’il existe une boîte ultimement grande et une autre ultimement petite.

Le système, axe horizontal de la complexité

Un système est défini classiquement comme ensemble d’éléments coordonnés par des lois. D’où viennent celles-ci ? Les scientifiques ont pris l’habitude de les dépecer jusqu’à quelques forces fondamentales en physique, sans que nous puissions être sûrs qu’elles soient le plancher. Le dépeçage est assez facile, avec le couple théorie/expérience : il suffit de lancer le bon hameçon théorique, et si les éléments s’y reconnaissent ils recréent le système prévu.

Le remplumage est plus aléatoire, mais est-ce une surprise ? En se trompant même légèrement de théorie le chercheur tombe parfois sur un système complètement inattendu voire du chaos. Conclusion: nous ne pouvons prévoir avec certitude les propriétés attendues d’un nouveau modèle. Le dépeçage est efficace, le remplumage erratique, ce qui conduit aujourd’hui les scientifiques à parler de système auto-défini. Les éléments en relation dans un certain contexte définissent leurs propres règles. La propriété des lois locales est rendue au système.

Un tout aussi réel que les parties

Mais comment le système fait-il pour légiférer, sans être passé par une fac de droit ? Loi, modèle, contexte, toutes ces notions semblent conditionnées à la présence d’un observateur humain. Les éléments n’ont pas tant de cervelle ! Tous respectent cependant le principe TD. En établissant un réseau de relations, ils sont individués dans un tout. Un conflit TD spécifique à cette relation apparaît, sous forme du poids représenté par la présence de chaque élément au sein du réseau / du tout. Chaque élément est à la fois un pôle soliTaire qui reste individué et un pôle soliDaire qui fusionne avec ceux des autres pour créer une entité holiste, “le système”, véritable emplacement des lois. Toute intrusion d’un élément supplémentaire change le tout, peut donc reconfigurer l’entité holiste ainsi que ses lois. Les éléments sont à la fois inféodés aux lois par leur T et propriétaires par leur D.

La réalité concrète du système en tant qu’entité globale est aussi avérée que la réalité des éléments. Le principe TD ne fait pas du T quelque chose de plus réel que le D. En tant qu’êtres humains, nous sommes individus autant que globalités. Néanmoins éléments et système n’appartiennent pas au même plan de réalité. Ils sont deux facettes d’une même chose, sans pouvoir se substituer l’une à l’autre. Ensemble ils créent une épaisseur de réalité. Nous verrons plus loin comment une traduction en physique est possible.

La variété dimensionnelle complexe

Avec cette épaisseur apparaît une nouvelle dimension à la réalité. En effet jusque là, nous pouvions dire que les relations du système se situaient dans un plan “horizontal” —sans référence aux dimensions spatiales impliquées dans ces relations ; je désigne ici par ‘horizontales’ des interactions entre éléments dotés de propriétés similaires. Le D formé par l’intégration des T est une épaisseur inédite, qui ajoute une dimension verticale à la réalité.

Où en sommes-nous ? En partant directement du TD, notre principe racine, et sans ajouter aucune référence qui risquerait d’être préférence anthropomorphique, nous avons déjà une toile de fond qui apparaît : la variété complexe, dotée de deux axes ou dimensions, horizontal (les systèmes) et vertical (le décalage éléments/tout). Voici la réalité dotée d’étendues (propres à chaque système) et de profondeur.

Une toile minimaliste réconcilie les cadres incompatibles

Rester minimalisme, ne pas laisser nos croyances prendre le dessus, c’est n’imposer aucun cadre supplémentaire, pas plus spatio-temporel qu’ésotérique. Pas d’espace-temps, pas d’Enfer ou de Paradis, ni monde des Idéaux. Ce qui ne dénigre en aucune manière l’existence de ces cadres. Simplement laissons-en la propriétés aux systèmes d’information qui les exploitent. N’en vêtons pas la réalité uniquement pour qu’elle corresponde mieux à nos désirs. J’avoue qu’une ToE est une oeuvre de voyeur : je veux voir la réalité nue…

La liberté de pensée offerte par cette démarche est significative. Comparez l’espace-temps relativiste continu avec la mécanique quantique et ses cadres spatial et temporel séparés et discontinus. Incompatibilité, dit-on… dans une vision horizontale qui aplatit la complexité du cosmos. En le redressant et en accordant aux modèles quantique et relativiste la propriété de niveaux de complexité séparés, ils pourraient peut-être cohabiter sans difficulté. Oui il est même possible de concilier continu et discontinu, c’est inhérent au principe TD, par nature confluence continue de discontinuités.

Dynamique de la variété complexe

Dans l’axe horizontal les systèmes s’étendent ou rétrécissent (gagnent en intégration ou se désintègrent). Dans l’axe vertical les entités complexes gagnent en profondeur ou en perdent (surimposition ou sousimposition, je redéfinirai ces termes plus loin).

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Partie 2 – Méthode épistémique universelle

Voici notre ToE doté d’un moteur physiologique, le TD, et d’un squelette à deux dimensions, complexités horizontale et verticale. Tient-elle déjà debout toute seule ? Non. Tout cela reste la représentation d’un esprit, le mien, qu’il faut inclure impérativement dans la discussion. Impossible d’échapper à l’accusation de raisonnement circulaire, pour une ToE, mais au moins peut-on l’affaiblir en analysant les étapes du circuit. Comment mon esprit représente-t-il ?

Et surtout comment vais-je pouvoir répondre à cette question sans introduire immédiatement une foule d’idées préconçues, suspectes même si elles se réclament des neurosciences ? En effet, l’histoire des sciences est parsemée de révolutions. Je préférerais continuer avec le squelette épuré et utiliser l’outil TD pour lui installer un esprit. Je m’impose néanmoins une contrainte supplémentaire : je voudrais que ma ToE, en remontant si haut, coïncide avec ce que j’éprouve en tant que cet esprit. Je ne compte pas éliminer mon expérience, en faire une illusion comme le suggèrent certains neuroscientifiques aux prises avec le “difficile problème” de la conscience.

La réalité découpée en sections complexes

Grimper jusqu’au mental en démarrant des quantons, c’est franchir une multitude de niveaux d’organisation successifs. J’éviterai tout raccourci du type conscience quantique. Mon expérience consciente ne ressemble pas plus à un fouillis quantique qu’à des excitations neurales synchrones, qui sont pourtant la meilleure corrélation physique trouvée par la neuroscience. La promenade dans l’axe vertical complexe s’annonce plus longue et détaillée. Je fais un plan des sections traversées et leur donne des noms, comme dans un métro : Quantum (terminus provisoire de la ligne) Materium (matière dite inanimée) Biologicum (biomolécules répliquantes) Vivarium (monocellulaires et multicellulaires simples), Organum (plantes et animaux faits d’organes associés), Cerebrum (animaux cérébrés), Societarium (fonctions traitant la vie sociale). L’ensemble de la réalité prend le nom de Diversium et ma ToE qui la décrit s’appelle Surimposium.

Avez-vous noté qu’en traversant les sections, à aucun moment nous n’avons changé de train ? Aucun transfert quantique > macroscopique, ou inanimé > vivant, ni même neural > mental. Le principe TD nous maintient sur le même axe vertical d’un bout à l’autre de la ligne. Comment est-ce possible ? Magie du structuralisme : tous les niveaux traversés sont descriptibles d’une manière commune, en tant que systèmes d’information.

Squelette d’information

Réduire tout ce que nous traversons à de l’information renvoie instantanément à un réductionnisme impopulaire parce qu’oublieux des phénomènes, des émotions et des qualités observées. Mais la verticalité complexe interdit formellement ce genre d’oblitération. Au contraire, chaque niveau est un espace hébergeant ses propres lois et phénomènes associés. Les décrire sous forme d’information consiste à utiliser un langage universel sans les réduire à ce langage. Leurs qualités sont nichées et protégées à chaque étage. J’ai nommé arbitrairement sept sections mais le nombre de niveaux est bien plus important, probablement de plusieurs centaines ou milliers pour le mental.

Le franchissement neural > mental est le plus mystérieux et les neuroscientifiques se sont arrêtés un temps à des corrélations entre les deux, donnant à croire qu’il s’agit d’un seul saut de complexité. Le nombre de micro-sauts est immense au contraire, des entrées sensorielles à l’espace de travail conscient. Tellement impressionnant que les penseurs classiques ont fait de ce gouffre un dualisme tenace : le fossé corps/esprit. Franchissons-le.

Une pile de graphes neuraux

À chaque micro-saut, le support physique reste le même : des neurones qui déchargent synchronisés. Néanmoins le plan d’information change : les neurones appartiennent à des graphes différents, emboîtés. Plus le plan d’information s’élève, plus le symbole conceptuel gagne en sophistication, juché sur les précédents. La complexité s’élève rapidement, virtuellement, sans changement du support matériel. Si tout est descriptible par de l’information, quelle différence reste-t-il entre le réel et le virtuel ?

Au sommet de cet impressionnante pile de graphes neuraux trône l’espace de travail conscient. Là sont formés les concepts les plus évolués, nos persona (aspects comportementaux), nos récits, nos abstractions. L’espace de travail conscient agrège l’organisation sous-jacente en une scène mentale qui constitue la réalité observée par nos sens et nos modèles abstraits. C’est ici que frétille ma ToE. Elle rosit, au centre de votre attention. Qui ne serait pas intimidée par la perspective de se faire traiter d’illusion ?

Les représentations, des petits segments complexes

Quelle que soit l’étendue que prétend recouvrir une théorie, elle reste une représentation. Comment intégrer les représentations au squelette de notre ToE ? À présent que son matériau est l’information, la tâche est facile. Une représentation est une information mimétique de celle contenue dans ce qui est représenté. Mais attention ! Pas d’analogie hâtive avec des photographies ou du stockage numérique. De telles images mémorisées n’ont de sens que pour un observateur possédant leur langage. Ici le mental est l’observateur, est son propre langage.

L’information recueillie à propos d’une chose a toujours une certaine profondeur de complexité. Pour la posséder, le mental y superpose sa propre profondeur conceptuelle. Ainsi le mimétisme concerne des petits segments de verticalité complexe et non des systèmes horizontaux —isolément ceux-ci fournissent des informations sans caractère qualitatif, par exemple nous sommes incapables de reconnaître une personne photographiée dans l’infrarouge, d’autres critères doivent complexifier l’image. Nous n’avons pas conscience du traitement profond parce qu’il a lieu dans l’inconscient. Les représentations proposées à la conscience sont “aplaties” dans des mots simples, ‘pomme’, ‘ma chambre’, ‘le président’… Elles sont en fait de jolis segments de complexité jumelés avec leur contrepartie réelle.

Des mimétismes économes

Le jumelage est partiel. Le mental se contente d’intégrer un nombre de critères suffisamment discriminant. Il ne nomme pas indépendamment toutes les feuilles d’un arbre, se limitant au générique ‘feuille’, par contre il le fait pour les personnes qui nous sont proches, aux différences bien plus passionnantes. Le jumelage est grossier, additionnant les approximations faites à chaque étage du segment complexe reproduit. Plus l’étage est traité profondément dans l’inconscient, moins la conscience est avertie des défauts. Très difficile en particulier de modifier les erreurs conceptuelles installées dans l’enfance, car elles sont recouvertes par la suite de multiples couches de complexité.

Notre cerveau est ainsi un appareil représentatif personnalisé, par nature économe et approximatif sur la réalité. Il s’améliore et se sérialise grâce aux apprentissages et aux méthodes épistémiques partagées. Certaines sont largement répandues —science, pragmatisme, croyances divines— mais aucune n’a fait la preuve d’une universalité suffisante pour englober tout. Est-il possible de faire mieux, en empruntant le chemin direct que nous avons suivi jusqu’ici ?

Deux extrémités bien différentes

Pour reprendre l’analogie de la ligne de train, nous sommes partis d’une gare commune, le Quantum, et avons rencontré des bifurcations dans la complexité. Cependant pour arriver à la conscience humaine le chemin reste longtemps le même —nos physiologie et anatomie sont très similaires. C’est en arrivant dans le Cerebrum que les voies se multiplient vers huit milliards de terminus, des espaces conscients tous différents, chacun avec ses mimétismes de la réalité. Chacun avec sa “théorie du tout” et aucune n’est juste ! Toujours trop partielle, manquant de certaines connaissances, émaillée d’incohérences —heureusement! sinon nous n’aurions plus de questions à poser.

Nous avons affaire à deux extrémités de la verticalité complexe, l’une homogène, l’autre incroyablement hétérogène et diversifiée. Raison pour laquelle j’appelle la réalité le Diversium, une machine à diversifier. La complexité étonnante de l’espace conscient, au sommet, parvient sans difficulté à mimer l’information des autres segments. Les mimétismes sont peu fiables mais en les considérant comme un nuage d’erreurs ils entourent assez bien, collectivement, l’information réelle. Des méthodes existent pour réduire le champ des erreurs. La science est la plus performante, et ce d’autant plus qu’elle s’approche des fondations du réel, là où il y a encore peu de niveaux d’information intriqués.

La méthode scientifique en bref

Comment fonctionne la méthode scientifique ? Elle lance ses mimétismes, appelés ‘hypothèses’, dans les profondeurs de la complexité. Parvenue au niveau désiré et si le contexte est bon, l’hypothèse devient ‘modèle’. C’est une ancre d’où partent les vérifications, ou ‘expériences’. La réalité répond-elle comme prévu ? Si oui le modèle accède au statut de ‘théorie’, si non une autre hypothèse est lancée.

La science, ainsi, n’est pas une méthode véritablement ontologique, qui laisserait parler directement l’être des choses. Une telle méthode n’existe pas. La science fournit un langage aux choses, que notre esprit puisse appréhender. Une théorie reste une représentation et non la chose en soi. La science est pseudo-ontologique, impossible de faire mieux.

Discours monologique pour le réel

Ce qui n’a pas empêché la science de gagner ses galons. Elle s’est imposée comme la meilleure simulation ontologique. Car nous avons un besoin impératif d’un tel outil, d’un regard partant de l’origine des choses et aboutissant à notre espace conscient. C’est le discours du non-soi, le regard du monde sur soi, celui qui nous sort du solipsisme. Étant donné sa direction base > sommet dans la verticalité complexe, je l’appelle ‘regard ascendant’. Souvenez-vous qu’il est pseudo-ontologique. S’il était vraiment ontologique, il serait unique et entièrement partagé. Mais comme il naît de concepts personnalisés dans notre esprit, il est en réalité multiple, assemblé seulement par les grands courants de pensée, et je vous encourage à suivre celui de la science, qui veut rendre monologique le discours du réel.

Dans notre esprit, le regard ascendant est celui prêté au monde. Il domine largement l’esprit du matérialiste, qui s’inclue personnellement dans sa matière. Ce type de scène mentale est très précis, tout y prend facilement place. Tandis que le spiritualiste utilise plutôt le regard contraire, le monde vu à travers un soi constitué, indépendant de la matière. Ici le soi est le point de départ, une âme parachutée dans le monde, qui peut lui sembler fort étranger parfois. C’est le regard descendant, celui du sommet de la complexité vers la base, celui d’un sommet qui se pose en origine.

Aucun regard ne peut subroger l’autre

Les deux regards sont bien entendu aussi indispensables et valides l’un que l’autre. Car les deux extrémités de la complexité sont pareillement réelles et indépendantes. Aucune ne peut subroger l’autre. Quel est le plus grand handicap pour compléter sa ToE personnelle ? Certainement de s’attacher exclusivement à l’un des regards et négliger l’autre. S’approcher de la cohérence personnelle idéale, a contrario, c’est faire coïncider les deux regards dans la plupart des circonstances. La réalité apparaît pleine et entière.

Non réductibles l’un à l’autre, quelle est alors la relation entre ces deux regards dans la verticalité complexe. Une causalité est propre à chaque direction —la base construit le sommet et le sommet peut rétro-agir sur la base. Notre ToE a besoin de suivre les évènements dans ces deux directions. Mais un regard base > sommet authentique —véritablement ontologique— est impossible. Il faut se contenter du regard pseudo-ontologique ou ascendant, et parmi les méthodes qu’il peut sélectionner, la science s’est imposée.

S’échapper du solipsisme ou du regard groupiste

Le regard sommet > base (descendant) est lui authentique. Il correspond vraiment à ce qu’éprouve le sommet conscient puisqu’il en est l’origine. Mais il est multiple, aussi multiple que le nombre de cerveaux. C’est un large faisceau de regards hétérogènes qui descendent, tentant de rencontrer un regard ascendant plus homogène quand il est scientifique. Une bonne Théorie du Tout naît d’une rencontre réussie dans la grande majorité des circonstances, et surtout qu’elle résiste à la confrontation avec les autres regards. C’est ainsi qu’une ToE s’échappe du solipsisme pour devenir vraiment universelle.

Les regards échangés par le soi et le non-soi

Dernier point: les deux regards appartenant à l’esprit, comment celui-ci gère-t-il leurs contradictions ? Comment est-il organisé neurologiquement pour rendre ces deux regards indépendants ? Le principe du conflit TD s’appliquant à l’esprit, il crée spontanément ce type de séparation. Le TD dans l’esprit prend la forme du soi/non-soi.

Le pôle T, le soi, s’organise autour des informations sensorielles intrinsèques (viscérales) et le pôle D, non-soi, s’étoffe progressivement des informations des sens extrinsèques, dont la richesse inépuisable et la complexité construit l’image du monde. Cette image devient une scène matérialiste plus précise et détaillée que le soi. La séparation nette entre les deux espaces produit cette sensation d’être un corps dans le monde, un “volume” assez imprécis et silencieux (quand le corps va bien) mais fort prégnant, au sein d’un univers visuel et sonore exubérant, extrêmement “réaliste”.

Double regard = double vocabulaire

Ce ‘double regard’ sera notre méthode épistémique universelle, car il inclue tous les autres, en particulier la multitude des regards descendants individuels. Un seul encouragement : faire coïncider le sien avec un regard ascendant fiable, scientifique de préférence. Le double regard est un outil polyvalent de l’observation quotidienne. Chacune des deux directions possède son propre vocabulaire pour désigner la même chose. Coincée entre ces termes, la signification de la chose se précise, par exemple dans les couples loi/force, chaleur/agitation, émotion/pulsion, etc.

Avec le double regard nous pouvons fixer les choses sur le squelette complexe et comprendre comment elles sont arrivées là, y compris l’image de soi. Grâce à la précision de ce projecteur, la conscience peut enfin se promener dans la complexité des choses sans se perdre.

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Partie 3 – L’attracteur complexe

La première chose que nous dit le double regard est que les choses n’existent qu’à moitié. Hein ?? Eh bien oui, notre regard descendant identifie nettement les choses, par leurs propriétés contrastées, leur donne de la substance ; mais le regard ascendant, lui, ne les voit pas. Il contemple essentiellement du vide, des champs parsemés d’excitation, des forces en interaction. C’est sa contrepartie, le regard descendant, qui condense tout cela en particules, éléments, objets, êtres vivants. Toute entité individuée est semi-transparente, ce qui est rendu par le double vocabulaire utilisé à son sujet, particule/excitation de champ, chromosome/chaîne moléculaire purique, organe/amas cellulaire, etc.

Par une face la chose semble matérielle —atome, caillou, bactérie, éléphant—, par l’autre face elle est abstraite —variation de champ, ensemble, regroupement, société. Comment dans ces conditions sauver l’idée de substance, qui nous est bien utile ? Une ToE est censée consolider notre représentation de la réalité et non la désintégrer. J’ai toujours pensé que la désincarnation opérée par le réductionnisme expliquait la réticence largement répandue à endosser le discours de la science. Les matérialistes ne sont plus ceux que l’on croit. Les physicalistes endurcis se retrouvent aujourd’hui avec une matière illusoire, tandis que les gens du commun, plus spiritualistes, restent attachés à l’idée de matière. Sur quoi l’esprit va opérer si on la leur enlève ? Le dualisme impose que la matière autant que l’esprit restent forts.

Trois mouvements de la pensée

Notre ToE n’est pas exactement moniste mais multidualiste, mille-feuilles fermement soudé par l’indécollable principe TD. Trois mouvements de la pensée sont nécessaires pour la rendre solide et  digeste. Le premier mouvement, je l’ai déjà cité, est de penser le tout (le D) comme aussi concret que ses éléments (les T). Ce n’est pas si difficile, puisque les éléments sont eux-mêmes semi-transparents, et que le ‘tout’ devient à son tour ‘élément’. Attention, un tout n’est pas n’importe quel ensemble ; un ensemble devient D (soliDaire) quand l’information des T est intégrée. Internet ou Gaïa sont des espaces interactifs mais ne sont pas des D. Tandis que la profession médicale ou la pratique d’une religion sont bien des D (appelés cercles sociaux), par l’intégration mentale partielle qu’elles provoquent chez leurs membres.

Le deuxième mouvement de pensée est de retrouver la substance matérielle des choses dans l’épaisseur de complexité qui les constitue. Ce qui en fait la solidité, à vrai dire, est la stabilité de certains niveaux de cette complexité. Celle de l’atome, elle-même fondée sur celle des hadrons, est forte au point de paraître éternelle. Rien n’est aussi solide dans les couches supérieures, ce qui a fait la réputation d’immuabilité de l’inanimé et la fragilité de l’animé. La stabilité d’un niveau complexe est vue aussi bien par le regard ascendant que descendant. C’est le concept le plus voisin de celui de substance.

Un niveau n’est pas une frontière mais un flou autour d’un attracteur

Il nous faut enfin un troisième mouvement de pensée, car mes lecteurs attentifs l’auront peut-être déjà remarqué, le terme ‘niveau’ appartient lui aussi au regard descendant et sa réalité est en demi-teinte. Il est pratique de créer un niveau horizontal pour y définir un système et lui appliquer un modèle, mais dans la réalité ces scissions sont bien plus floues. Plusieurs niveaux interagissent simultanément, et des éléments que l’on classerait à un niveau interagissent à d’autres étages, par exemple une petite molécule interagit avec une macromolécule nettement plus organisée.

‘Niveau’ est donc un terme pseudo-ontologique, mais si nous l’abandonnons sans le remplacer, non seulement la ToE s’effondre mais tout le structuralisme également, pour revenir au chaos existant avant lui. Heureusement le troisième mouvement de pensée est simple. Il suffit de cesser de voir la dimension complexe comme faite de discontinuités classiques. En effet nos dimensions sont habituellement de deux ordres, soit discontinues, faites d’unités juxtaposées abruptement et sans rien aux jonctions, soit continues, chaque unité séparée de n’importe quelle autre par une infinité d’entre elles. Mais le principe TD est par nature à la fois continu dans son D et discontinu dans son T. Impossible de loger ses unités dans une dimension classique. La variété complexe est une coalescence de deux axes dimensionnels indissociables, l’horizontal et le vertical, qui produit ce curieux mélange de niveaux à la fois indépendants et intriqués. Il faut leur trouver un vocable qui rende compte de cette étrangeté, et qui n’appartienne ni au regard descendant ni à l’ascendant. J’ai choisi celui d’« attracteur complexe ». La complexité est une intrication d’attracteurs complexes.

Reconstruire le concept d’émergence

Un attracteur complexe condense les objets sous le regard descendant et apparaît comme une stabilité au regard ascendant. Mais que représente-t-il physiquement ? Quelle trace en avons-nous dans les équations, dans le déroulement imperturbable des processus ? Qu’y a-t-il entre stabilité et matérialisation, pour ceux qui ne se satisfont pas d’une simple corrélation ? Ou encore avec la formulation philosophique : qu’est-ce qu’une émergence, concrètement ?

Pour garder continu le fil de notre ToE, il faut reconstruire le concept d’émergence à partir du principe TD. En 1ère partie j’ai sauté volontairement une étape intermédiaire car elle est difficile, mais il faut la reprendre ici : Comment définit-on exactement l’information, la brique élémentaire du squelette de la réalité, à partir du principe TD ? Une information est tout évènement qui modifie le réglage TD dans un système d’éléments en relation. Mais attention, nous savons à présent avec la 2ème partie de la ToE qu’il existe deux directions pour regarder ce changement, celle des éléments vers le tout (T>D) et l’inverse (D>T).

Les informations de Wiener et Shannon

Ces deux directions pour définir l’information correspondent aux deux manières utilisées respectivement par Wiener et Shannon. Celle de Wiener est la plus intuitive et classique : une information est ce qui éveille en nous un état mental spécifique. Définition reliée positivement à la signification. Telle information pointe sur telle chose. Shannon a utilisé à l’inverse un lien négatif, contre-intuitif. La force d’une information n’est pas d’indiquer une chose mais de nous laisser le choix entre toutes les choses possibles. L’information de Shannon se comporte comme une liberté pour l’observateur, tandis que celle de Wiener opère comme une contrainte. Le dire ainsi relativise les termes ‘positif’ et ‘négatif’. Il n’y a pas de “meilleure” manière de définir l’information.

La manière de Wiener est la direction T>D. C’est un pôle individué qui se cherche dans le tout, en l’occurence pour l’esprit c’est une représentation mentale qui se cherche dans les données sensorielles. L’information est le degré positif avec lequel elle s’y retrouve. La manière de Wiener referme le champ des possibles (le D) sur une représentation précise (le T). Tandis que la manière de Shannon est la direction D>T. L’information est ce qui ouvre le champ des possibles, qui multiplie le nombre de T à l’intérieur du D, de manière négative pour l’importance de chaque T mais positive pour le D. Les deux énoncés ne sont pas contradictoires. Ils se complètent.

Un décalage entre deux perceptions de l’information

« Une information est ce qui modifie le réglage TD » est une manière inclusive qui définit directement l’information à partir de notre principe-racine, mais elle ne doit pas masquer la double direction montrée par Wiener et Shannon : il existe deux manières de percevoir l’information, et vous devinez l’importance de cette dualité pour la compréhension des phénomènes et de la conscience.

La notion d’émergence est à présent très simple à définir : elle est ce décalage entre les deux manières de percevoir l’information, celle du tout constitué et celle des éléments constitutifs. Il existe une émergence intrinsèque à tout système d’information intégrée.

Données et signification

Pour marquer nettement le décalage entre ces deux perceptions de l’information, nous allons leur donner des noms différents. Celle perçue par le niveau supérieur, le tout constitué, est “la signification” ; celle perçue par le niveau inférieur, les éléments constitutifs, est “les données”. Le pluriel des données traduit bien la multiplicité des T élémentaires et le singulier de signification la fusion du D global.

Mais en quoi l’information du niveau supérieur est-elle signifiante alors qu’au niveau inférieur elle ne le serait pas ? Le sens de “signifiante” est que l’information est discriminante, elle est le choix décidé parmi les possibles, ou avec la terminologie statistique : elle est la répartition stabilisée des états possibles du système. La transformation des données en signification est la stabilisation de la meilleure répartition des probabilités de tous les états possibles du système que pourraient produire les données. La signification, phénomène puissamment éprouvé par le regard descendant, est une donnée purement statistique pour le regard ascendant.

Une certitude dans la répartition des probabilités

Ce mécanisme ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Oui, c’est la transformation en physique quantique appelée ‘effondrement de la fonction d’onde’. Les multiples probabilités agrégées des états d’une particule s’effondrent dans un état unique lors d’une mesure. Autrement dit, les multiples éTats possibles caractérisant le système particulaire avant mesure, se manifestent à l’état de tout soliDaire lors d’une interaction au niveau supérieur. Données multiples devenues fusion signifiante.

La multitude des probabilités sous-jacentes est toujours là. Les “parties” n’ont pas disparu. La particule a simplement atteint une marche supplémentaire dans la verticalité complexe, en ayant interagi à ce niveau. D’ensemble de probabilités/parties elle est devenue élément/tout. Elle n’est plus probabilité elle-même ; en tant que meilleure répartition des probabilités elle est certitude. Le tout est stable et non lui-même entaché d’incertitude, puisqu’il inclue toutes les incertitudes sous-jacentes.

Au coeur des corrélations

Je prends ici un peu d’avance sur la partie 4 puisque ce mécanisme intime d’élévation de la complexité explique le problème de la mesure en physique quantique. Mais il explique également toutes les corrélations encore assez mystérieuses, telles que la formule de Boltzmann en thermodynamique, S = log W, dont le signe ‘=‘ cache un franchissement de complexité, ou encore la manière dont les réseaux neuraux édifient leur signification.

Regardons d’un peu plus près ce dernier exemple, car il est le plus significatif bien sûr. Rappelez-vous que les réseaux neuraux doivent édifier eux-mêmes leur signification, car il n’existe pas de programmeur pour venir l’interpréter comme dans votre ordinateur ou une IA. Ce n’est pas tout à fait vrai car les réseaux supérieurs observent les réseaux inférieurs ; mais il faut bien un sommet à cette pyramide, en l’occurence l’espace de travail conscient, et celui-ci doit être auto-signifiant. Comment font les neurones pour se passer d’âme ou d’homoncule pour tirer les ficelles ?

Le ‘concept’, un graphe activé

Un “tout”, dans les réseaux neuraux, est un graphe de neurones activés de manière synchrone. Les graphes neuraux sont typiquement une architecture complexe. La plupart des neurones ont des connexions riches mais dans la moyenne et appartiennent à un nombre limité de graphes. Leur disparition lors de lésions vasculaires ou traumatiques affecte peu les fonctions mentales. Un plus petit nombre de neurones sont hyper-connectés ; ils sont très impliqués dans les liaisons entre graphes de niveau différent. Leur disparition dégrade beaucoup les capacités mentales. La complexité du cerveau s’effondre.

Un graphe activé est un concept symbolique. Le cerveau édifie sa pensée grâce à la surimposition (superposition et intégration) des informations. Les sous-concepts se surimposent de graphe en graphe pour former des intégrations de sophistication croissante jusqu’à l’espace de travail conscient. Sophistication ? Leur signification s’élargit et se précise par l’intégration de critères multiples, sensoriels, temporels, abstraits, émotionnels, mnésiques. “Signification” est un terme propriétaire du regard descendant, naturel pour celui qui éprouve la signification. Mais en quoi consiste-t-elle, physiquement ? Comment lui donner une appellation acceptable pour le regard ascendant, plus convaincante en tout cas que “ensemble de données sensorielles” ?

D’incertitudes à certitude symbolique

La configuration synaptique d’un graphe activé, en tant que signification, est une répartition donnée de probabilités entre tous ses états constitutifs possibles. Ou encore : une signification se forme de ne pas être l’état E1 avec une probabilité P1, ne pas être l’état E2 avec une probabilité P2… ne pas être l’état En avec une probabilité Pn. Comme dans l’effondrement quantique, l’ensemble de ces (im)probabilités agrégées est une certitude. Un concept, au niveau de ses sous-concepts constitutifs, est plein d’incertitudes, et peut être remanié facilement ; mais à l’étage supérieur, en interaction avec des graphes de même niveau, il devient un tout symbolique, il devient certitude.

Dans l’espace de travail conscient, dernier étage où interagissent les concepts supérieurs, certitudes et incertitudes s’enchaînent, en fonction de la cohérence des interactions. Nos certitudes viennent d’une répartition bien déterminée des probabilités entre les différentes versions possibles du monde que notre esprit simule à cet instant, et nos incertitudes de l’évolution rapide de cette répartition statistique.

L’épaisseur de signification

Le plus important dans cette définition de la signification est qu’elle est indépendante du contenu signifiant. Elle s’applique à n’importe quel sujet… ou objet. Il existe de la signification dans une macromolécule stabilisant la répartition de probabilité que ses atomes soient dans telle ou telle configuration, et c’est par cette signification qu’elle est reconnue dans une interaction avec une autre macromolécule. Il y a de la signification dans l’inanimé comme dans l’animé, mais son épaisseur augmente avec la complexité, spectaculairement avec l’élévation rapide qu’offre la multitude des graphes neuraux emboîtés.

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Partie 4 – Expliquer Tout ?

L’anatomie de notre ToE est à présent complétée. Principe fondamental, fabriquant la cellule élémentaire d’information, squelette en pleine croissance dans la dimension complexe. Le principe est intimement doté de la propriété de transformer une interaction en signification, signification appelée volonté dans le chef, en haut du squelette. Enfin le chef regarde ses pieds et s’interroge, et nous voici occupés à discuter d’une théorie intégrale de la réalité.

Bien entendu cette ToE mérite l’accusation de raisonnement circulaire. Le principe TD explique le théoricien et le théoricien explique le principe TD ; ou circulons en sens inverse si vous êtes spiritualiste plutôt que physicaliste. Toute ToE est par essence circulaire, remarquez-le bien. Rien ne peut se situer à l’extérieur ; ses observateurs sont dedans. Celle présentée ici prend soin de placer le principe de circularité à la racine même de la réalité. Le conflit lui est intrinsèque et ouvre les boucles circulaires pour construire notre réalité, élevant des entités auto-organisées sur une base qui est pour l’instant un champ de quantons. Une ToE véritablement intégrale est en droit de lancer l’accusation inverse : un raisonnement non circulaire est un raisonnement interrompu prématurément…

Mettons cette ToE à l’épreuve sur quelques problèmes épineux encore irrésolus aujourd’hui, du phénomène conscience à la physique du temps. Chacun ayant rempli des bibliothèques entières d’essais, de débats et de synthèses, je resterai bref à leur propos et m’excuse à l’avance si cette partie vous semble un peu péremptoire.

La conscience

Ken Wilber avait déjà saisi dans sa théorie intégrale l’équivalence entre degré de conscience et élévation holarchique. Ma ToE conclut la même chose, en identifiant le mécanisme intime de la conscience dans le principe même de la complexité. Une conscience étant éprouvée propriétairement par le tout qui la forme, aucune ne peut s’éprouver à la place d’une autre. Exemple : notre conscience éveillée ne peut reconnaître les états conscients moins intégrés de notre cerveau lors du sommeil ou du coma.

L’espace de travail conscient est le sommet de la complexité mentale. Il est constitué essentiellement de neurones pyramidaux hyperconnectés et de connexions longues à travers le cerveau entier. Ce n’est pas une anatomie facile à modifier. L’élévation de complexité du mental n’intervient donc pas à son niveau mais dans les graphes neuraux sous-jacents, par un mélange de mécanismes, dont l’élagage des connexions (chez le nourrisson) et la stabilisation des poids synaptiques, concourant à renforcer l’individuation des graphes et des symboles qu’ils représentent. Un squelette complexe se condense et s’étoffe dans le vaste système neural.

Montée de balle et phénomène

En termes plus poétiques, la conscience éveillée “flotte” telle une balle au sommet du jet d’une fontaine. La force du jet se renforce au fil du temps de sa montée en complexité, et soulève la balle à une hauteur croissante. La même “personnalité” consciente voit son horizon s’élargir. Elle n’a pas l’impression d’avoir changé, dans l’espace qui l’héberge, mais sa profondeur sous-jacente a fortement augmenté. Expérience qu’elle décrit comme un gain de “sagesse” sans pouvoir l’expliquer entièrement. Une partie des changements est accessible, l’autre non. La plus grande partie est formée de propositions inconscientes affinées, que la conscience juge bien plus pertinentes qu’auparavant. Si bien que la conscience n’est peut-être pas elle-même bien plus sage, mais plus satisfaite en réalité.

Le phénomène conscience n’est plus trop ardu à justifier auprès d’un philosophe pointilleux sur les qualia. Tout système d’information intégrée crée un qualia propriétaire, directement lié à la présence d’un tout surajouté à l’ensemble des parties. Mais il ne s’agit pas là de rapporter le phénomène conscience à une simple émergence globale de l’activité neurale. L’expérience éprouvée dans l’espace conscient supérieur est la surimposition d’une myriade de qualia élémentaires formés à chaque franchissement de complexité, depuis l’origine invisible de notre constitution. Cela rend compte à la fois de la richesse de contenus et du caractère fusionnel du phénomène.

Mais surtout, au plan phénoménologique, la conscience est éprouvée par un retournement du regard sur son propre être. C’est un processus intime à l’espace conscient mais qui ne lui est nullement réservé. L’expérience consciente est la surimposition d’une multitude de ces retournements à chaque franchissement complexe, un épaississement de couches élémentaires de conscience, abondamment multipliées dans le cerveau par les graphes neuraux.

Le libre-arbitre

devient également une question facile. Nos certitudes agrégeant des incertitudes, notre libre-arbitre augmente du nombre et du champ des incertitudes qui sont finalement condensées dans chacune de nos décisions. La “sagesse” devient alors un handicap devant une cour de justice : plus elle est profonde, plus notre libre-arbitre est fort, et plus notre responsabilité est engagée.

Bien sûr cela ne rend pas la justice quantifiable ou mathématisable. Le libre-arbitre agrège des concepts aux qualia spécifiques, qui ne peuvent être comparés entre eux, et le poids de chacun dans nos décisions reste une affaire entièrement privée. Les lois sociales sont elles-mêmes des qualia particuliers dans nos esprits, et le rôle de la justice est de leur garder un certain poids…

Le temps

Le temps est une variété dimensionnelle modulée par la complexité, c’est-à-dire que chaque niveau complexe est propriétaire de son battement temporel. L’espace-temps einsteinien est adapté aux niveaux des atomes et des assemblages matériels stables qu’ils génèrent. Le faible gain de complexité dans ces étages n’autorise ni libre-arbitre ni écart de battement temporel. Mais il est inadéquat d’imposer ce cadre à toute la hauteur de la complexité. Les écarts temporels deviennent significatifs du micro au macroscopique, dans les systèmes thermodynamiques, puis surtout dans la complexité mentale. Chaque espace de travail conscient possède son propre battement temporel, avec des problèmes d’ajustement quand ils sont différents. Le rapide trouve le lent fastidieux et le lent se sent mal écouté du rapide.

Comment situer une pensée dans l’espace-temps einsteinien ? Si un cerveau voyageait à une vitesse proche de la lumière, ses pensées ralentiraient bien davantage que son horloge biologique et cette horloge bien davantage que ses atomes. Autrement dit les pensées “vieilliraient” moins vite que l’organe et l’organe moins vite que les atomes. Comment est-ce possible dans un cadre spatio-temporel universel ?

Imaginons également une expérience de pensée : un cerveau artificiel est fait de neurones autonomes et communiquant par ondes. On envoie ces neurones dans toutes les directions, les sortant d’un cadre de référence unique, mais ils continuent de communiquer par les ondes. Calculez le battement temporel de ce cerveau, c’est-à-dire le temps séparant deux pensées. Cette question n’a aucun sens dans un cadre temporo-spatial universel. Et pourtant un tel cerveau pourrait fonctionner… dans son temps personnel. Il faut redonner à chaque niveau complexe la propriété de son horloge interne.

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Conclusion

Et le spiritualisme ? Religieux et adeptes de philosophies holistes élaborées peuvent se sentir floués par cette ToE, qui semble faire la part belle au physicalisme. Pourquoi cette préférence ? Parce qu’il est plus ardu de rendre cohérent des concepts pseudo-ontologiques que des expériences à la première personne. La science parle à la troisième personne. Elle s’amalgame au réel en soi mais jamais nous n’aurons la certitude que c’est entièrement le cas. La science est un dialogue que nous affinons avec le réel, sans pouvoir nous mettre à sa place.

Tandis que l’expérience conscience est un monologue, une prise directe. « Je pense, je m’éprouve dans cette pensée ». L’expérience n’est pas du même ordre que la constitution de la pensée. Conteneur et contenu. La saveur de l’expérience en tant que conteneur est si différente de l’association des contenus qu’elle semble magique. Les poètes se sont efforcés en vain de traduire en mots la sensation amoureuse. Un phénomène éthéré, pourrait-on dire. Est-il surprenant d’en faire un monde à part, un ordre mystique ? À l’époque où beaucoup de phénomènes restaient incompréhensibles, l’ordre mystique s’est peuplé diligemment de dieux, d’esprits et de pratiques occultes. C’est notre héritage. Aujourd’hui presque tous ces phénomènes ont été rapatriés dans la réalité physique, mais l’étrangeté de l’expérience consciente demeure. Elle ne peut pas être dénigrée par l’illusionnisme ou l’éliminativisme, comme le font les scientifiques à court d’idées.

Ne pas lâcher la cause des phénomènes

Cette expérience que l’on peut continuer à dire mystique justifie la résistance des spiritualistes et de la majeure partie des philosophes à une vision physicaliste intégrale de la réalité. Cette vision du regard ascendant pur, pseudo-ontologique, rate une moitié de la réalité. En pratique le plus radical des physicalistes se sert plus souvent de la moitié qu’il ignore, en utilisant ses impressions et non des équations dans la vie quotidienne. Sa logique lui sert à corriger ses impressions et non à les remplacer.

Aucun regard ne domine l’autre. Ils ne sont pas interchangeables. Le descendant est clairement spiritualiste, puisque l’esprit est considéré comme l’origine, tandis que l’ascendant est physicaliste, traduisant le discours de l’origine du monde. À l’encontre de la conviction la plus répandue, le regard spiritualiste est le plus objectif, car il est en prise directe avec son objet, avec les informations occupant l’espace conscient. Mais il s’agit d’une objectivité multiple, chaque conscience élaborant son propre univers. Tandis que le regard physicaliste est le plus subjectif, car intercaler des théories entre lui et la réalité en soi fait de celle-ci un sujet. Mais il s’agit d’une subjectivité partagée, consensuelle chez les scientifiques.

Cible scientifique cuirassée…

Si ma ToE tente de convaincre surtout les scientifiques, c’est en tant que nouvelle subjectivité qui doit les rassembler, tâche difficile, alors que les spiritualistes ne peuvent pas être délogés de leur expérience individuelle, par essence multiple et authentique à l’intérieur de leur cerveau. Les divinités se situent là, avec certitude, en tant que création des réseaux neuraux. Prendre l’esprit comme origine, c’est aussi admettre que les concepts divins sont sa création, une projection de sa propre étrangeté sur le monde. Les divinités reflètent une nécessité spirituelle. Et elles existent réellement, en tant que structures d’information, comme toute chose dans le Diversium. Mais répondent-elles à autre chose, sont-elles le mimétisme d’une autre entité informationnelle ? Nous n’en avons pour l’instant découvert aucune trace. Comme le physicaliste, le spiritualiste doit faire coïncider ses deux regards pour embrasser la réalité pleine et entière.

…simple aiguillage à repasser chez les croyants

Qu’est-ce qu’une croyance ? Mauvais aiguillage mental qui fait passer dans le soi un concept censé appartenir au non-soi. Malgré que le concept n’ait pas reçu de confirmation dans le monde extérieur, il est néanmoins conservé, devient identitaire car il est proche de nos désirs. Mélange entre soi et non-soi qui floute l’image du monde, en crée un supplémentaire, le faux non-soi, où sont logées les croyances. Un faux non-soi n’est pas forcément pénalisant, il est même souvent thérapeutique, servant de tampon entre soi et non-soi trop incompatibles. Mais une bonne ToE personnelle a justement pour rôle de réduire ces incompatibilités, pas d’élargir le tampon des croyances.

Remarquons enfin, au bénéfice des spiritualistes, que le sommet de la verticalité complexe est aussi ouvert que sa base. En bas, l’ouverture passionne les physicalistes. Le fouillis appelé ‘vide quantique’ est la fondation actuellement connue de la réalité. Que peut-il exister dessous ? Or rien n’interdit aux théologiens, aux historiens et à tous les adeptes des spiritualités de faire des recherches comparables au sommet. Vers quel genre de post-humanité ou de conscience plus vaste et plus intégrée peuvent évoluer nos cerveaux actuels ?

Le sommet de la complexité est un tapis d’aiguilles

Attention dans ces recherches à ne pas confondre base et sommet. La base de la complexité est uniforme tandis que le sommet est une multitude de pics extrêmement diversifiée. En prolongeant cette élévation, mieux vaut parier sur un polythéisme qu’un monothéisme ! Faut-il cependant investir beaucoup dans un pari dont nous ne verrons jamais le résultat ? Vivre dans ses croyances est un enfermement, tandis que vivre avec ses croyances est une ouverture.

Une ToE peut subodorer mais pas inclure ce qui reste hors de vue. Même lorsque la magie d’une idée donne l’impression d’être hors de soi, nous sommes toujours dans le Cerebrum, fraction mentale de la verticalité complexe, neurones engagés dans un raisonnement circulaire. Laissons-les émettre des pseudopodes vers l’origine et la fin ultimes, mais ne faisons pas de ces hypothèses fragiles des liens rigides, au risque sinon qu’ils nous tirent hors de la réalité soliDaire.

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