Controverse entre Hobbes et Descartes sur la conscience

Aux origines du conflit monisme/dualisme

Pour Hobbes, processus physiologiques et subjectivité mentale sont les deux versants d’une même réalité. La subjectivité est la réaction du cerveau à la pression transmise par les nerfs. En revanche, pour Descartes, elle ne saurait être expliquée comme effet du processus corporel. En vertu de quelle magie ce mécanisme physique expliquerait-il des effets d’un tout autre ordre, comme la subjectivité ? Pour Descartes c’est l’âme qui éprouve, imagine et pense. Monisme de Hobbes contre dualisme de Descartes, qui a raison ?

Dans Surimposium je soutiens qu’il n’existe pas de controverse. Solution : ‘ce qui éprouve’ n’est pas ‘ce qui fonctionne’. Notre esprit expérimente directement ‘ce qui éprouve’. Il ne peut en dénigrer l’existence (ce que font un peu bêtement les éliminativistes). Par contre l’esprit n’expérimente qu’indirectement ‘ce qui fonctionne’. Il doit utiliser une représentation théorique, un modèle de la physique.

L’esprit ne peut s’éprouver en tant que matière. Il est résultat du processus, pas sa constitution. Ce sont, comme dit Hobbes, deux versants complètement différents. L’esprit ne perçoit la matière qu’à travers ses sens, déjà interprétée. Le modèle théorique lui donne des informations, mais rien sur l’expérience d’être un élément matériel isolé.

Qu’éprouve un atome?

Demandez à un physicien de se mettre dans la peau d’un atome, il va s’imaginer à l’état de noyau entouré d’un nuage probabiliste de particules, un peu comme apercevoir les cheveux du coin de l’oeil mais ils deviennent flous dès que le regard se fixe dessus. Ce rapprochement tenté par le physicien est aussi un résultat, celui des particules atomiques associées, pas celui du processus constitutif.

Le déroulement d’un processus est une suite de sigles mathématiques, avec ici et là des signes ‘=‘ signalant des transformations. À cette occasion, existe-t-il aussi une transformation de l’expérience de la chose décrite ? Les maths ne le disent pas. Elles sont description pure.

Existe-t-il forcément une expérience?

N’est-ce pas hominiser l’atome que lui attribuer une expérience ? Notre impression directe doit pourtant nous faire affirmer qu’il en existe une. En effet aucune transition radicale n’apparaît entre la matière et l’esprit, dit le matérialisme scientifique. Aucun point d’ancrage pour le fossé dualiste. Pourquoi le principe d’une expérience surgirait-il brutalement dans le cerveau humain et nulle part ailleurs ? Et nous n’avons aucun moyen d’interroger les atomes pour vérifier cette absence. Le dualisme s’adosse bien à une divinisation de l’esprit et non aux principes de la science.

Dire que tout a une expérience n’est pas tomber dans la conscience holiste. Évitons ce piège grossier. Une expérience n’est pas un “fragment” de conscience humaine. Quantification ridicule. Ce n’est pas en regroupant les expériences des 7×1027 atomes du corps humain que l’on obtient une conscience humaine ! La différence est qualitative, bien évidemment. Une expérience est personnelle à ‘ce qui éprouve’. Elle n’est en rien transmissible. Pour échanger nos impressions conscientes nous partageons des codes de langage oral, gestuel, olfactif etc. Croire que l’autre éprouve la même chose que nous est simplement assimiler son expérience à la nôtre. Facile pour un humain, impossible pour un atome.

Pas de conscience “globale”

Il n’existe donc pas de “champ de force conscient”, dont humains et atomes se partageraient inégalitairement la puissance. Les expériences sont étrangères, inaccessibles l’une à l’autre. Nous connaissons celle de notre esprit, nous ne pouvons faire que des suppositions sur celle des atomes, sans lui ôter son existence. Ce serait pure mesquinerie liée à notre incapacité à l’atteindre. Le problème est complètement indépendant de notre capacité à représenter les atomes.

Paradoxalement ce sont donc les matérialistes et en particulier les éliminativistes qui sont des croyants. Ils affirment que les atomes n’ont pas d’expérience alors qu’ils en ont une en tant qu’organisation de ces atomes. D’où viendrait alors ce constat de première main ? Ils n’ont pas de réponse. Éliminer un fait de cette importance est bien le fondement des croyances non étayées. Il ne s’agit pas ici de faits mystiques, jamais reproduits, mais d’une expérience que nous partageons tous.

L’ornière du mysticisme matérialiste

Le défi, pour un scientifique, est de comprendre comment des processus sans âme “reconnaissable” peuvent en créer une dont nous avons la certitude. Surimposium fait pour cela de la réalité une véritable dimension complexe, atome et esprit installés à ses extrémités. Dès lors le regard de nos modèles atomiques ne peut pas être comparé à celui de l’esprit. Les deux versants de Hobbes sont bien ceux d’une même réalité, mais ce qui regarde chaque versant est indépendant. Aucun de ces deux regards ne peut être réduit à l’autre.

C’est contre cette réduction que s’élève Descartes, à juste titre. Que Descartes appelle “âme” l’expérience consciente, c’est de son époque. Contentons-nous de la séparer d’un Créateur dont personne ne sait rien, pour éviter le bourbier des convictions religieuses fort humaines et non divines. Ainsi Hobbes et Descartes ont-ils tous deux raison. Mais il faut deux observateurs, l’atome et l’esprit, pour le dire.

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