L’irrésolution en pleine exhibition!

« Je n’ai pas envie de détruire la planète mais je ne veux pas non plus être sans le sou ». « Je ne veux pas mettre les autres en danger mais je ne veux pas me faire vacciner ». « Je soutiens l’Ukraine mais elle fait peser la menace d’un conflit nucléaire ». Point commun de ces phrases ? Toutes déclarent un conflit insolvable et s’en tiennent là. Elles résument souvent de longs discours, dont le seul but est de soutenir qu’il faut vivre avec le conflit. Jouons les équilibristes.

Le conflit est-il un mode de vie?

Non, c’est résoudre les conflits qui constitue le mode principal de la vie. Le conflit est le carburant, la vie le moteur qui tourne. Lorsqu’une solution semble impossible, je mets la représentation du problème en attente. Je ne fais pas de l’attente un mode identitaire. L’identité se construit au contraire sur la manière personnelle employée dans la résolution des conflits.

La multiplication des conflits en a placé une grande quantité en attente. Conséquences: une identité plus volatile et un mal-être croissant chez nos contemporains. L’identité volatile ne fait pas une personnalité lénifiante. Au contraire le volatile doute de tout. Son assurance est fissurée. Autour de ce noyau altéré, les convictions tranquilles ont quitté leur orbite. Tout peut venir s’y substituer.

La médiatisation a mis en avant les conflits irrésolus

Le spectacle est encore meilleur si les conflits sont insolvables. Certains occupent la scène depuis des siècles ! De la même manière que les héros sont remplacés par les anti-héros, les certitudes par des possibles, les conflits victorieux font place aux contradictions insolubles. Le monde n’est pas commensurable, gardons-nous de l’oublier !

Sauf qu’une intention, c’est trancher entre deux états contradictoires du monde. Un acte, c’est oublier que le monde d’avant était impavide, et on le transforme ! L’anti-héroïsme aide à supporter le quotidien mais n’améliore pas notre futur, qui a des chances de rester le même quotidien. L’anti-héroïsme est le nouvel opium du peuple, après le recul des religions et leurs dithyrambiques promesses de paradis.

L’image pratique de l’anti-héros

Il suffit de se penser anti-héros pour ne pas trancher. C’est parfois utile, quand il n’existera jamais de bonne solution, par exemple dans le dilemme du wagon fou. Mais ce dilemme est une expérience de pensée, une situation artificiellement figée. Les vrais conflits évoluent toujours avec leur constitution. Leur réévaluation est permanente. Ne pas trancher est presque toujours une flemme, ou un débordement quand il existe trop de conflits à traiter.

Lorsque je suis interrogé, dois-je me mettre en mode attente, exhiber mes conflits irrésolus ? Je ferai hocher la tête à tous ceux qui en ont —qui n’en a pas ? Communion dans le présent. Mais l’histoire retient le conflit lui-même, pas ceux qui l’ont contemplé passivement. Même ma propre histoire ne retient que les conflits, devenus des névroses dans mon moi futur. Le pauvre type que j’étais, qui s’est efforcé de les résoudre, est oublié.

Banal silencieux, original dans le coup de feu!

Alors je préfère taire mes irrésolutions. Je n’ai pas envie d’être anti-héros. C’est humain d’être banal, certes, plutôt que héros. Mais je préfère me souvenir des rares fois où je l’ai été. Vous savez, comme lorsque vous préférez montrer vos rares photos exceptionnelles plutôt que les dizaines que tout le monde a faites aussi.

Je me sens ainsi plus collectif… parce que je n’inflige pas mon identité ordinaire aux autres, seulement celle qui mérite de nous survivre à tous.

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