La Conscience expliquée par Daniel Dennett

Un très bon article sur ‘La Conscience expliquée’ est l’occasion de revenir sur la théorie de Daniel Dennett, très populaire à sa sortie. C’est un travail datant de 35 ans entaché de nombreuses carences qui en font un ouvrage dépassé. Voici pourquoi :

Nos “illusions” à propos de la conscience

Dennett… dénonce l’idée que la conscience corresponde à un “organe central” dans le cerveau (le “théâtre cartésien”). Il la voit comme un système décentralisé mettant en compétition de multiples versions de la réalité. La conscience unifiée, à chaque instant, serait la version dominante.

Mon commentaire: Il n’y a aucune incompatibilité entre les deux visions. Au contraire, le théâtre cartésien et le système décentralisé sont des concepts tous deux nécessaires pour expliquer notre expérience consciente. Ils ne s’opposent pas. C’est la face globale et la face constitutive d’un même système. Le réseau conscient est décentralisé mais génère bien une conscience unifiée. Par quel curieux mécanisme éprouverions-nous seulement la version dominante de la réalité et pas les autres ? Dennett réintroduit là “l’homoncule” dont il veut se débarrasser, sorte de démon de

Maxwell qui ferait le tri entre nos productions neurales pour n’en laisser passer qu’une.

Les qualia

Dennett… casse le concept de qualia, pour le réduire à une illusion créée par les processus neuraux.

Mon commentaire: Coincé dans sa vision aplatie de la complexité mentale, Dennett fait comme les autres réductionnistes : il est obligé de dénigrer l’existence des qualia, n’ayant aucune explication à proposer. Les traiter d’illusion n’est en rien une explication. Une illusion pour quoi, pour qui ? Là encore Dennett réintroduit en douce un homoncule, réceptacle de “l’illusion”. Tandis qu’en découplant la globalité consciente de sa constitution, cette globalité est naturellement siège de l’expérience fusionnelle appelée ‘qualia’, sans besoin de recourir à l’illusion.

Le Moi

Dennett… voit la pensée émerger comme une “célébrité” dans le réseau neural. La séquence de ces pensées forme une histoire, et cette narration temporelle dominante est la véritable définition du Moi. Il n’y a pas non plus de centralisation de l’identité personnelle.

Mon commentaire: Encore une fois, pour qui une pensée devient-elle plus célèbre qu’une autre ? La théorie de Dennett ne rend en rien le cerveau autonome. Elle est dualiste, séparant le cerveau qui raconte l’histoire d’un côté, quelque chose qui l’écoute de l’autre. Cela fait deux ‘Moi’. Un de trop. Car notre expérience consciente est unique, ne correspond ni à une narration ni à son écoute. Nous savons aujourd’hui que les réseaux neuraux ne racontent rien, ce sont des graphes organisés qui se cherchent dans la réalité, se renforcent de s’y reconnaître, se délitent quand ils en sont absents. Ils sont l’histoire identitaire. Mais pas une histoire linéaire, ni horizontale. Il s’agit de couches d’histoire, de complexité croissante à mesure que de nouveaux critères l’enrichissent depuis la naissance.

Ma conclusion

Qu’est-ce alors que la conscience, en vérité ? Le sommet de cette complexité. L’espace de travail supérieur, qui s’élève progressivement à mesure que la complexité s’approfondit. Le Moi est comme un oignon s’entourant d’écailles au cours de sa croissance. L’expérience consciente constitue la face globale de cette complexité. Pour ne pas réintroduire un nouveau dualisme, je fais l’hypothèse que cette globalité, concrètement, est la configuration des probabilités de chacun des arrangements possibles des graphes neuraux —les visions compétitives de la réalité évoquées par Dennett. Cette configuration est stable et déterminée, contrairement à sa constitution qui ne l’est pas —tous les arrangements existent bien dans la constitution, qui reste donc indéterminée.

Ce concept est difficile à saisir pour qui n’est pas familier de la mécanique quantique. Son intérêt est de s’appliquer à n’importe quel phénomène complexe, depuis les interactions subatomiques. Mais il ne s’agit pas là de faire jaillir par magie une “conscience quantique”. Si notre conscience est un phénomène si riche, c’est en raison du très grand nombre de couches de complexité édifiées par les graphes neuraux, et leurs interconnexions à de multiples niveaux (réentrées).

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Consciousness Explained A Brilliant Journey Into the Mind 2026

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