La destruction des démocraties par l’idéologisme

La guerre morcelée

Poncif: Les régimes démocratiques réduisent le risque de guerre et les tyrannies l’amplifient. Corrigeons: Entre ces régimes, le niveau de guerre est déplacé. Il serait absurde de prétendre que les démocraties sont des sociétés paisibles. Au contraire les conflits s’y ébattent librement, bien plus librement que dans n’importe quel autre régime, sans être pour autant solutionnés. La liberté de parole ne fait pas tout. Femmes en guerre contre les hommes, LGBT contre hétéro, modestes contre nantis, végétariens contre carnivores, etc, etc… La démocratie moderne est une litanie de conflits jamais vraiment résolus. Les tentatives de conciliation font apparaître de nouveaux wokismes virulents plutôt qu’un collectif renforcé. Le tout jeune régime démocratique, âgé d’à peine un siècle, semble déjà destiné à se désagréger comme du sable. Seule la structure déjà chancelante de ses institutions lui a évité l’effondrement complet. Destin frôlé par la démocratie américaine. Les tribus démocratiques parviendront-elles à s’unir contre la tyrannie centralisée ? Pas sûr.

Idéologisme métastasé

Le régime démocratique ne solutionne pas les problèmes soulevés par l’idéologisme. L’idéologisme est une manipulation de l’idéalisme qui veut faire passer les idéaux pour naturels, universels. Alors que leur caractère fondamental n’est que téléologique. Les idéaux sont notre façon de voir le monde, le calque de nos désirs placé sur lui. Le naturel est autre chose. Le naturel est la croissance ontologique du monde, quelque chose de très difficile à saisir car son observation est déjà une interprétation par des concepts a priori. Identifier le naturel se fait dans la modestie plutôt que les affirmations péremptoires.

L’idéologisme encrasse la démocratie. Prenons son idéal fondateur : l’égalité des citoyens. Ontologiquement faux. Les gens sont manifestement de constitution différente. L’égalité est une règle collectiviste et non un principe universel. En tant que règle elle a différentes profondeurs d’application. Vous pouvez par exemple préférer sauver la vie d’une personne qui vous est chère au détriment de plusieurs autres qui vous sont inconnues ; alors que démocratiquement toutes ces vies ont la même importance ; la règle dit que vous devriez en sauver le maximum. L’idéologisme dans ce cas s’appelle l’utilitarisme. Il prétend que la règle est universelle et que vous êtes condamnable si vous sauvez la personne chère plutôt que les inconnus. Abandonnez votre compagne ou votre enfant, nous exhorte l’idéologisme…

Le sexe biologique existe-t-il?

La seconde valeur manipulée est l’égalité des sexes. Le sexe est un des moteurs de nos différences ontologiques. Il participe clairement à nos divergences individuelles. Mais il existe assez peu de critères naturels suffisamment universels pour classer les individus en deux catégories, mâles et femelles. Certes le morphotype diffère. Mais au-delà des anatomies génitales, les divergences sont moins faciles à regrouper. Certaines femmes sont plus musclées et plus agressives que la plupart des hommes. Certains pères sont plus soucieux de leur progéniture que la plupart des mères. Etc, etc.

Ce constat sert d’argument à certains auteurs pour dire qu’il n’existe pas de sexe biologique. Ce qui est entièrement faux. Le sexe génétique influence vraiment de multiples aspects de notre développement physique et mental. Si aucun aspect pris isolément ne montre de séparation tranchée entre mâle et femelle, il n’en va pas de même quand ils sont pris tous ensemble. Le taux de testostérone est corrélé à plusieurs aspects de la personnalité. La testostérone est elle-même corrélée au sexe. Nous avons ainsi une chaîne de corrélations franches entre le sexe biologique et la personnalité. Il ne s’agit pas d’une causalité directe entre les deux ! L’idéologisme joue sur cette ambiguïté quand, dans certains études de genre, l’absence de causalité est transformée en absence de différence.

Les corrélations sont tellement évidentes que nous les utilisons quotidiennement sans difficulté, sans la moindre formation de biologiste ou de sociologue 😉 Mâles et femelles sont identifiés instantanément, même à la plus grande distance. Quand ils se rapprochent et ouvrent la bouche, leur discours élargit notre gamme de critères. Nos sphères ‘féminin’ et ‘masculin’ s’interpénètrent davantage. Certains mâles montrent des tendances féminines et vice versa. Les esprits les plus paresseux montrent des signes d’irritation. Leur monde devient trop compliqué. Mais le pire est l’idéologue. Il voudrait que nous fassions comme si les différences n’existaient pas, citoyens naturellement égaux, femmes et hommes dédouanés de toute influence de leurs gènes.

Irréductible double regard

Ne confondons pas l’ontologie avec la téléologie, deux directions contraires du double regard1Conjonction du regard ascendant (ce qui constitue) et du regard descendant (ce qui est constitué). Nos idéaux, qui sont des règles téléologiques, n’ont rien d’universel. Ils sont donc critiquables et critiqués souvent à juste titre. La règle d’égalité des citoyens a remplacé le droit de naissance : excellent ! La règle d’égalité sociale des sexes a remplacé la domination masculine : parfait ! Mais ces règles n’ont rien d’universel en matière ontologique, ne peuvent effacer les divergences évidentes dans la direction ontologique. Un regard cherche à étouffer l’autre. Ce faisant, il devient aussi aveugle que la détestable règle précédente.

L’idéologisme en matière de sexe s’appelle le féminisme radical. Il veut abolir toute différence constitutive entre les sexes et ainsi ancrer dans la nature son discours égalitariste. Si la nature ne fait pas de différence la société ne doit pas en faire non plus. Il devient possible de réclamer pour la cohorte des femmes la moitié des postes à responsabilité, la moitié des salaires, la moitié des tâches éducatives. Peu importe les aptitudes individuelles. Plus besoin de démontrer ses talents. Il suffit de dire « Je suis une femme », donc une candidate équivalente à n’importe quel homme. Et s’il existe un surnombre d’hommes déjà en poste, je dois être préférée, en tant que femme, pour équilibrer les cohortes.

Un féminisme auto-fossoyeur

Le féminisme radical, en tant qu’idéologisme, porte un tort considérable au féminisme en tant que règle sociale. Cette règle a pourtant encore bien du mal à s’imposer. Elle ne mérite pas déjà de telles entraves. Les hommes ont beau jeu de pointer les aberrations de l’idéologisme féminin pour ignorer la règle moralement acceptable. Comment remettre cette moralisation en marche ?

L’intégration du féminisme, ainsi que des nouveaux genres, est un problème similaire à l’immigration. Quand elle est progressive, les gens ne se sentent pas menacés dans leur identité, s’accoutument, prennent conscience de leurs similitudes fondamentales, et la génération suivante vit parfaitement fusionnée avec les nouveaux arrivants. Tandis que si l’invasion des genres est agressive, spectaculaire, mensongère, elle devient un ostracisme à l’envers. Le conflit n’est plus moteur mais bloqueur. La dispute se transforme en guerre de tranchées.

L’idéologisme crée les ostracismes inversés

Aujourd’hui il existe sans nul doute un ostracisme homosexuel envers l’hétéro, un ostracisme féministe envers l’homme. Le pire, dans ces wokismes stériles, est que l’invasion cible la progéniture, notre dernier refuge pour l’identité. La fragilité des couples contemporains fait que le lien aux enfants est notre dernier espoir de pérennité. C’est véritablement le coeur d’une grande majorité des citoyens qui se fait torpiller. Que sont les ardents défenseurs du genre alternatif au plus jeune âge ? Des agresseurs en fait. Parce que ces adultes prétendent le libre-arbitre acquis au berceau, pères et mères devraient les laisser établir une influence sur leurs enfants tout en retirant la leur ? Telle est la dérive de l’idéologisme aujourd’hui.

Méconnaissance de ce qu’est véritablement l’idéal. Certains imaginent encore qu’il existe en toute indépendance, isolé dans un monde platonique. Un monde solipsiste en fait. Le paradis personnel. Rien d’universel. Jamais un tel idéal ne mettra un pied physiquement dans ce monde. Ce n’est pas son rôle. Son rôle est d’aider à concevoir de nouveaux modèles de réalité, servir d’attracteur pour un fonctionnement plus harmonieux. Qui ne peut jamais devenir l’idéal. Parce que l’idéal repousse aussi bien qu’il attire. Les idéalistes les plus radicaux se sont toujours estropié l’esprit à vouloir atteindre la pureté. Elle est inhumaine. Elle nous ôte du monde. L’idéal est un trou noir. Trop proche, impossible de s’en échapper.

L’idéologue se croit libéré. Mais en fait il a perdu la liberté de revenir en arrière. De simplement évoluer.

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