Le philosophe se doit-il d’être abscons ?

Le philosophe, qu’il soit essayiste ou académicien, est volontiers abscons pour le profane ou le scientifique. Traitant de concepts inhabituels, il pourrait les cerner précisément à l’aide de néologismes bien définis ou emprunter à la science la concision de son langage, que le lecteur s’y retrouve. Mais non, il tombe dans un travers logorrhéique, se satellise autour de chaque concept, dans une ceinture inépuisable de mots et d’approches, sans jamais réussir à atterrir ! Nous pourrions comprendre qu’il multiplie les circonvolutions autour d’un sujet nébuleux, quand se poser est impossible. Mais les phrases absconses nous en éloignent. Elles se payent souvent le luxe d’être redondantes. Empilées comme pour enfoncer le clou. A quoi cela sert-il ? Soit l’esprit est perméable à ce langage et une seule phrase bien tournée suffit à pénétrer. Soit l’esprit est hermétique et taper frénétiquement n’enfoncera pas davantage le clou.

Le philosophe ne doit pas être abscons et verbeux. Mais peut-être se le doit-il ? Pour protéger sa place ? Mimer ses mentors ? Lâcher la bride à son Inventeur et impressionner son Observateur ? Tout cela est s’écrire à soi-même. Pourquoi pas ? Mais se faire éditer est un autre objectif. Celui de capter les intelligences. Les plus vives ne sont pas toutes philosophiques. Pourquoi les écarter avec un langage rebutant ?

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