Temps résolu, la séquelle

Deux critiques

Ambitieux, l’article précédent ? Après avoir montré à quel point le problème du temps est épineux, il prétend le résoudre en quelques paragraphes. Des références philosophiques mais aucune équation. Comment faire converger science et phénomène dans ces conditions ? C’est la première critique à faire à cet article.

La seconde critique est qu’il est bien gentil de faire appel à la dimension complexe plutôt qu’à une mathématique réductrice, cela n’explique pas pour autant le temps éprouvé en tant que phénomène. En quoi l’étagement des modèles matérialistes parvient-il à franchir le fossé entre mesure et expérience du temps ?

Théorie sans modèle

La première critique est ontologique. Elle réclame que l’explication soit un nouveau modèle du temps, plus satisfaisant. Mais ma théorie est fondée sur Surimposium qui est un méta-concept de la réalité. Il ne crée aucun modèle particulier. Il intègre ceux existants, en particulier ontologiques, sans les questionner. Mieux il leur accorde une véritable indépendance : deux modèles peuvent être apparemment contradictoires en concernant deux niveaux différents de complexité. Relativité générale et mécanique quantique ne sont plus incompatibles mais situées dans des cadres séparés. Pas de cadre universel, seulement un unique méta-principe reliant les cadres existants. Il est possible que les maths actuelles soient des langages trop spécialisés pour traduire ce méta-principe.

Surimposium fait 800 pages et je ne peux le résumer à chaque article. La page dédiée permet aux esprits agiles d’en saisir le principe. Ce livre prolonge la tendance actuelle de la science à valider la notion d’émergence, donc à reconnaître cette indépendance relative des systèmes. Il s’insère dans le fil de la recherche actuelle et n’est pas d’essence idéaliste. La vision idéaliste « Tout vient de la conscience (y compris le temps) » est incluse sans que cette direction causale soit privilégiée, ce qui donne : « Le rétro-contrôle supérieur vient de la conscience (dont celui du temps) ».

En haut d’un gratte-ciel

À la seconde critique je réponds que le phénomène ‘temps’ n’apparaît pas seulement parce qu’une scène mentale survient par dessus des excitations neurales, soit un niveau de complexité chevauchant l’autre. Il faut bien comprendre l’étagement inouï que fabriquent les réseaux neuraux. Quand la théorie de l’Information Intégrée parle de profondeur complexe, oublions l’image de la boîte noire, qui ne traduit que notre impuissance à comprendre finement le processus, et pensons à un gratte-ciel d’étages d’analyse neurale qui se transmettent leurs résultats les uns aux autres, tout en restant support de cette information transmise —elle perd sa signification si elle ne reste pas intégrée à tous ces étages.

Chaque étage observe l’état du précédent, est en quelque sorte conscient de sa constitution. Ce retournement d’un étage sur le précédent est une fine couche de conscience qui s’ajoute aux précédentes. Chaque étage établissant son temps particulier d’interaction pour produire son résultat, il éprouve ce passage d’un évènement à l’autre à sa façon. À mesure que l’intégration augmente, le temps éprouvé s’allonge, parce cette intégration est plus lente à passer d’un état à l’autre.

Un passage entre deux temps

Le temps de la conscience est un temps lent éprouvé comparativement aux temps plus rapides de ses constituants —celui de toutes les fonctions mentales impliquées. La part respective des fonctions varie et explique les écarts de contenus conscients comme ceux du temps fusionnel éprouvé. En effet une expérience du passage du temps, rapide ou lente, ne peut exister que comparativement à une autre vitesse de passage. Le cerveau n’a pas les yeux rivés en permanence sur la montre. Il n’existe pas non plus de ‘chronomètre interne’ qui sonnerait régulièrement les secondes. L’expérience du passage est l’intégration des horloges des fonctions mentales, observée par l’espace conscient. C’est dans cette observation qu’elle n’est plus constitution mais phénomène.

Ce retournement n’a pas lieu seulement dans l’espace conscient mais à chaque étage de la complexité neurale. Ainsi l’expérience finale inclue toutes les expériences des étages sous-jacents, depuis leur constitution physique. Il existe un temps particulaire dans notre temps éprouvé, mais il est noyé sous la hauteur impressionnante de complexité qui le sépare de la conscience, et sa régularité atomique ne nous est pas perceptible, sous la fantaisie des organisations neurales.

Le temps qui passe, une autre dimension

Pourquoi considérer cette théorie ? Elle ne contredit aucun des modèles physiques et neuroscientifiques existants, résout toutes les contradictions que peut élever l’approche phénoménologique. Pour cela il suffit d’élever la dimension complexe au statut de dimension fondamentale de l’expérience des phénomènes. Le résultat, vous êtes en train de l’éprouver : selon que cet article a emprunté des chemins neuraux habituels ou innovants chez vous, le temps aura défilé plus ou moins vite dans votre conscience.

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