Comment vraiment résoudre le problème corps-esprit (7)

Abstract: Stratium est une théorie fondée sur la dimension complexe du cerveau. Celle-ci inclue d’une part la complexion horizontale des groupes neuraux traitant des signaux de même nature qualitative, d’autre part la complexion verticale d’un nouveau groupe chevauchant les précédents pour synthétiser une nouvelle symbolique qualitative. L’espace de travail conscient, au sommet, est l’intégration finale. Stratium est aussi une théorie de la personnalité, organisant cette hiérarchie en une société psychique qui rend compte de nos phénotypes comportementaux très variés. La hauteur de complexion verticale fait l’épaisseur de conscience. Elle s’ancre dans la matière avant le neurone. Le phénomène conscience est inscrit dans la réalité en soi. Chaque entité individualisée l’expérimente à sa façon, accessible seulement à une complexion verticale du même ordre. Notre conscience ne se reconnaît qu’en elle-même.

Le noyau de la théorie

Stratium est une théorie fondée sur la dimension complexe du cerveau, à la fois en tant que complexion horizontale et verticale. Horizontale, parce que les aires anatomiques regroupent les neurones dédiés aux grandes fonctions mentales. Verticale parce que ces aires établissent des passerelles entre elles et forment un étagement complexe qui culmine dans l’espace de travail conscient.

Le noyau de la théorie est un mécanisme neuroscientifique bien accepté aujourd’hui et vérifié en particulier pour la vision : des groupes neuraux de 1er rang transforment les pixels lumineux rétiniens en figures géométriques élémentaires, traits arcs tâches de couleur etc. Les groupes suivants ajoutent une complexité croissante, 3D reconnaissance des formes objets personnes relations avec l’environnement et affectivité… Une image purement rétinienne, optique, se charge progressivement de signification.

Profondeur modélisée par les graphes

L’augmentation de complexité se fait à travers les connexions des neurones et leur position dans le réseau. Elle est modélisée par la théorie des graphes. Chaque neurone peut appartenir à un ou plusieurs niveaux de complexité. Cette complexion verticale s’accroît avec la richesse des signaux à traiter, ainsi que par les mimétismes éduqués. Les concepts évolués ou mèmes se transmettent d’un congénère à l’autre… à condition que la complexité mentale du receveur soit suffisamment avancée pour les reproduire.

Au sommet de la hiérarchie se trouve l’espace de travail global, dont l’activation forme la conscience que nous éprouvons. Le recrutement des fonctions mentales associées dans cet espace est variable en étendue et importance. S’expliquent ainsi les “degrés” d’attention et de conscience, des flous entourant l’endormissement à l’acuité de l’éveil. La décharge de noyaux excitateurs dans l’espace global, ajoutée au renforcement diurne des signaux sensoriels, fait la transition du sommeil à l’éveil. Nous sommes réveillés par le cycle nycthéméral des noyaux excitateurs, ou par des signaux sensoriels nocturnes inhabituels.

Persona et Psociété

L’originalité de Stratium n’est pas dans une approche neurologique finalement classique mais en tant théorie psychologique de la personnalité associée au neural. La stratification du mental permet d’y voir une hiérarchie, depuis les neurones sensoriels de 1er rang jusqu’aux groupes représentant des persona, —des conglomérats conceptuels qui sont les facettes de notre personnalité. Les persona forment une assemblée psychique qui produit différentes solutions comportementales dans chaque contexte, avec un choix parfois abrupt et conflictuel. Cette société psychique ou Psociété rend compte de nos comportements parfois bouleversés d’une minute à l’autre sans qu’ils deviennent pour autant chaotiques. Nous avons changé de paradigme psychique; la Psociété s’est reconfigurée.

L’épaisseur de conscience

Dans Stratium chaque profondeur d’information ajoutée par un groupe neural sur les autres crée une couche de conscience. La conscience finale n’est pas liée à des fonctions mentales qui s’observent les unes les autres, comme dans les théories fondées sur les réentrées neurales —Espace de Travail Global (Dehaene), Conscience d’Ordre Supérieur (Rosenthal), Théorie du Processus Récurrent (Lamme). Chaque fonction mentale est déjà consciente, à sa manière spécifique. Nous éprouvons par exemple une pseudo-conscience assez voisine de l’intégrale au cours du rêve, produit par le cortex préfrontal et ses très riches abstractions prédictives. Mais il est possible de faire d’autres types de “rêves” infra-conscients, sensitivo-moteurs, mémoriels, digestifs même. Ils ne méritent pas vraiment le titre de conscience car les informations frustes qu’ils véhiculent ne sont pas reconnues comme expérience similaire à la conscience intégrale.

La profondeur d’information créée par chaque fonction mentale fait son épaisseur de conscience. Ainsi la conscience d’une piqûre sur la peau est peu sophistiquée, chargé d’un sens élémentaire. Tandis qu’être conscient d’une personne sexuellement attirante dans son champ de vision, c’est se charger d’impressions et de scénarios nettement plus élaborés, n’est-ce pas ? L’épaisseur du phénomène a subitement augmenté. Ces épaisseurs se surimposent. Si la personne attirante me touche, le signal cutané est une toute autre expérience que la simple piqûre précédemment évoquée. La différence ne se réduit pas à deux types d’information mentale, comme si un ordinateur traitait deux ensembles de données; c’est une expérience dont la profondeur a incroyablement augmentée, et seule la complexion neurale verticale permet d’en rendre compte.

Un phénomène issu de la réalité en soi et non isolément des neurones

L’explication du phénomène conscience, dans Stratium, n’est pas fondée sur l’existence des neurones, en particulier pas sur des neurones supposés spécifiques du réseau conscient. L’origine en est recherchée dans le réel en soi, et c’est pour cela que mes articles précédents se sont attardés sur sa dimension complexe. La conscience naît à l’interface du franchissement d’un niveau de réalité. Ces niveaux appelés émergences dans la matière sont également les degrés de profondeur des réseaux neuraux. En termes d’information, de structure de réalité, ils sont exactement la même chose. Apparaît ainsi une continuité entre matériel et virtuel. Vue dans sa dimension complexe, la réalité intégrale est un étagement de niveaux d’information.

La conscience démarre ainsi, à sa façon, dans le support matériel de l’esprit bien avant qu’il soit décrit en tant que neurones. L’explication de la conscience reste physicaliste tout en honorant la vision philosophique : le phénomène n’est pas éliminé. Au contraire il s’enracine dans les fondations les plus microscopiques de la matière, et s’épaissit depuis là jusqu’au sommet de l’étagement complexe inouï formé par les réseaux neuraux. Rien de connu n’est aussi conscient que notre cerveau parce que rien d’autre n’atteint une pareille hauteur de complexité. Cependant les cerveaux animaux nous suivent de près, les meilleurs d’entre eux certainement plus élevés en conscience que les cerveaux humains les moins performants, sans que les expériences puissent être comparables, puisqu’elles sont propres à la nature des fonctions mentales agrégées.

Des points à éclaircir

Il reste un débat à résoudre sur la réalité causale de l’émergence. Sur quoi repose l’indépendance relative entre les deux faces de la pièce / le niveau de réalité ? Ce point fera l’objet d’une autre série d’articles. Je montrerai que, de même qu’il existe deux axes à la dimension complexe, la causalité ascendante et celle dite ‘descendante’ ne sont pas du même ordre. Elles ne sont pas concurrentes et les opposer est stérile. Parler de rétrocausalité ne remet en question aucun modèle scientifique. Au contraire je montrerai comment la réalité elle-même utilise la rétrocausalité, comment elle fait des approximations sur sa propre constitution. Ainsi vient la certitude que notre esprit, qui fait de même, est indubitablement partie de la réalité, et lui est parfaitement intégré.

Le prochain et dernier article de cette série revient à son entame : Nicholas Humphrey a reçu des critiques sévères et justifiées pour sa théorie du phénomène conscience. Stratium fait-il mieux ? Allons revoir les exigences de nos philosophes experts…

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