Comment vraiment résoudre le problème corps-esprit (8)

Abstract: Promenons-nous dans le capharnaüm des difficiles questions sur la conscience. Visite guidée par la théorie Stratium, avant la conclusion finale dans le prochain article :
-Peut-on incorporer la conscience dans la science?
-Les qualia ou le switch du quantitatif au qualitatif
-Le passage gradué de réactif à énactif
-Le parti-pris du niveau qui évalue la conscience
-La conscience en tant que phénomène
-Transformation de données en concept: la notion d’information intégrée
-La conscience est un phénomène cumulatif
-La nature attentionnelle de la conscience
-Différence entre ‘conscience’, ‘expérience’, ‘conscience de’
-Les états alternatifs ou altérés de la conscience
-La conscience a-t-elle un pouvoir causal?
-Application aux pathologies mentales
-Pourquoi les TCC sont-elles plus thérapeutiques que la psychanalyse ?

Nous avons vu le résumé de How to solve the mind-body problem, ses critiques, précisé le niveau d’explication requis par la solution, conservé l’opposition des regards physicaliste et phénoménologique, mais requis néanmoins l’obligation d’une réalité unifiée, montré l’intérêt d’une nouvelle variété dimensionnelle à deux axes, complexion horizontale et verticale, vu comment les neurones artificiels échouent à produire une conscience mais pourraient y parvenir, et présenté Stratium, la théorie qui prétend vraiment résoudre le problème corps-esprit. Comment répond-elle aux objections, dont celles des commentateurs de Humphrey, que j’ai pris en référence ?

Peut-on incorporer la conscience dans la science?

5 réponses possibles sont proposées par Petros Gelepithis :
•Oui, la conscience peut être incorporée dans les lois actuellement connues de la nature.
•Oui mais elle demande une extension des lois de la nature.
•Non, la conscience est un mystère au-delà de la science.
•Non, la conscience n’est pas un phénomène réel et doit être éliminé de la science.
•Non, la conscience est un salmigondis de phénomènes mentaux et aucune théorie ne peut être développée.

Malheureusement aucune de ces réponses n’est la bonne. La conscience est un phénomène naturel qu’il est parfaitement possible d’inclure dans la science… à condition que celle-ci “prenne conscience” de ses propres dimensions dans leur intégralité, en particulier la complexe. Est-il surprenant que la science manquant de conscience, elle soit peu apte à l’intégrer ? Beaucoup de scientifiques se méfient de leur propre esprit, tellement enclin aux biais, au point de préférer l’exclure des modèles.

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Les qualia ou le switch du quantitatif au qualitatif

La métaphore de la pièce à deux faces, qui illustre les caractéristiques d’un niveau complexe, répond à ce passage en épingle à cheveux : La face constitutive/quantitative/démembrable est indissoluble de la face phénoménale/qualitative/fusionnelle, mais en est une indépendance relative. La qualité d’une chose n’est pas réduite à ses propriétés apparentes. Elle est la surimposition de tous ses niveaux complexes, ce qui est désigné par le terme ‘substance’. Que se passe-t-il au sein de la pièce ? Je traiterai cette question dans un autre article.

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Le passage gradué de réactif à énactif

Un réflexe ne semble guère doté de conscience tandis les réflexions en sont chargées. Réaction et énaction, à quoi tient la différence ? Ralph Ellis remarque à juste titre qu’il est très difficile de les scinder clairement, autant dans notre expérience mentale que dans les voies neurologiques du cerveau. Une solution correcte du problème cerveau-mental devrait rendre compte d’une transition progressive. Il s’agit même d’un processus récursif, qui élargit progressivement le champ de l’énaction, comme le soutient Frederic Peters :

« La conscience est mieux comprise dans son contexte, comme un élément d’un état de veille interactif dans lequel la plus grande partie du traitement cognitif se déroule de manière non consciente. Mais si les traitements conscients et non conscients sont combinés à l’état de veille, qu’est-ce qui distingue le premier du second ? […] Parmi les réponses les plus fréquemment proposées –intentionnalité, subjectivité, accessibilité, réflexivité– seule la dernière caractéristique, la conscience réflexive, autonoétique, est propre à l’état conscient. La réflexivité peut être mieux expliquée non pas comme le produit d’une structure de données auto-représentative, mais comme l’expression d’un régime de traitement récursif, dans lequel la cognition enregistre les propriétés de l’état de traitement dans une mesure plus large que les propriétés du contenu représenté. »

Un moteur récursif est le principe utilisé par Stratium, qui propose un très grand nombre de “paliers” entre réaction et énaction, c’est-à-dire qu’au réflexe primaire s’agrège progressivement une telle profusion de critères décisionnels que d’automatique il devient ‘intentionnel’. C’est l’ouverture d’une boucle neurologique, mais pas d’une boucle continue, sinon elle ne serait qu’un long réflexe, sans plus de personnalité que le réflexe court. La progression est quantifiée, sous forme d’intentions intermédiaires. Potentiellement elle n’est jamais close. L’intention continue à augmenter en termes de profondeur consciente. Nous l’expérimentons déjà enfant : nous éprouvions une expérience consciente, aussi loin qu’il est possible de s’en rappeler. Mais depuis, elle a considérablement augmenté en profondeur.

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Le parti-pris du niveau qui évalue la conscience

Une autre avancée émerge du concept hiérarchique dans Stratium : conscience et énactivisme sont apparents à quelque chose du même ordre de complexité qu’eux, une autre conscience évoluée. A contrario les actes réflexes restent des automatismes sans âme quand ils sont évalués par un niveau beaucoup plus complexe. Il existe donc un parti-pris évident dans l’attribution de la conscience. Dans la résolution du problème corps-esprit, c’est un niveau de conscience qui se cherche dans les autres —en vain— plutôt qu’une recherche de la conscience en soi.

Il est alors impératif de scinder l’explication de “notre” conscience et celle de “la” conscience en tant que phénomène. ‘Notre’ conscience en est simplement une variété particulièrement complexe, en raison de la richesse de fonctions présente dans l’espace de travail final, et leur haute hiérarchisation. La conscience phénoménale ne peut être dénigrée à autre chose au prétexte qu’elle n’est pas semblable à la nôtre. Rapprocher les nôtres est d’ailleurs parfaitement arbitraire et fondé surtout sur le fait qu’en communiquant intensivement leurs contenus elles se rendent très similaires dans nos représentations. Cela ne préjuge en rien d’une similitude en tant qu’expérience à la première personne.

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La conscience en tant que phénomène

Ironiquement c’est en montrant la bonne direction vers la solution du phénomène conscience que Humphrey s’en détourne. Pour “aplatir” le fossé neural-mental, il en fait la simple ligne de démarcation entre sensation et perception, deux activités neurologiques conjointes. Mais pour faire apparaître le phénomène conscience à cette interface, il faut le faire disparaître comme objet d’expérience, sinon cela conduit à une régression sans fin : cette expérience de l’objet devrait être à son tour éprouvée par autre chose pour devenir phénomène, et ainsi de suite à l’infini. Jamais n’apparaîtrait vraiment d’endroit pour loger le phénomène.

Humphrey dénigre donc le fait que la sensation soit objet d’expérience. Pour lui c’est le simple fait qu’elle soit représentée en tant que perception qui produit le phénomène. La boucle neurologique suffit. Bien sûr ses contempteurs ne sont pas convaincus. En plus de l’arbitraire séparation entre sensation et perception, pourquoi un nouveau phénomène naîtrait-il à l’interface entre certains réseaux neuraux et pas d’autres ?

À l’inverse Stratium soutient que c’est bien par une régression “sans fin” que se construit le phénomène. “Sans fin” signifie ici seulement que l’épaisseur de conscience n’est jamais définitivement fixée, qu’elle est seulement fonction de l’accumulation des couches de complexité sous-jacentes. Le phénomène n’est pas lié à quelque chose “qui regarde” la sensation. Chaque niveau complexe est son propre objet d’expérience, les deux faces de la pièce. Cette expérience se surimpose aux précédentes.

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Transformation de données en concept: la notion d’information intégrée

Le mystérieux phénomène qui agite Humphrey est à rapprocher d’un autre : Comment des données sensorielles éparses se transforment-elles ensemble en un concept ? Mystère commun à toute entité analytique complexe : Comment les informations initiales deviennent-elles résultat porteur d’une signification d’un autre ordre? Comme nous l’avons vu, les concepteurs d’IA savent programmer les algorithmes mais ne comprennent pas clairement comment fonctionne la profondeur d’information. L’intimité du processus est une “boîte noire”.

Le mystère n’est pas total. Les informations qui permettent à l’intelligence de s’approfondir suivent des règles strictes. Elles sont intégrées. ‘Intégration’ veut dire que chaque élément porteur d’information n’a aucune valeur isolément. Il ne prend une signification que conjointement aux autres, dans le groupe intégré. Chaque état du groupe a une signification globale portée par les états simultanés des éléments. Chaque groupe définit son temps propre, intervalle entre les changements d’état.

Un élément porteur d’information peut appartenir à plusieurs groupes. Du moins pour les neurones biologiques, richement interconnectés —chacun possède entre 1.000 et 10.000 synapses. Les neurones artificiels des IA sont organisés plus simplement, en couches successives : les éléments de 1er rang envoient leurs signaux à ceux de 2è rang, etc. Chaque couche est intégrée mais nettement délimitée de la précédente. La hiérarchie est nette. C’est aussi, point essentiel, une organisation programmée pour parvenir à un résultat satisfaisant pour le créateur de l’IA.

Les neurones naturels sont auto-organisés

Rien de tel pour les neurones du cerveau. Ils auto-organisent leurs groupes et significations. Un neurone ne représente rien isolément. Il le fait en tant qu’activation au sein d’un groupe intégré. Sa signification est symbolique et repose sur sa position au sein du réseau. La signification a deux ordres indépendants : l’ordre individuel, en tant que partie d’un ou plusieurs groupes ; l’ordre collectif, en tant qu’état du groupe intégré. Ces deux ordres déterminent d’une part une signification constitutive, ensemble des états des parties, d’autre part une signification émergente collective, vue par les autres réseaux connectés à ce groupe.

Cette propriété de la profondeur complexe est modélisée plutôt que comprise. Elle apparaît dans le déroulement des algorithmes sans que l’explication en soit claire. Un métaprincipe est à l’oeuvre, sans doute trop “racine” pour que les codifications mathématiques puissent en être autre chose que des émanations. Le même principe se devine derrière la théorie des graphes, les modèles de la vision, la théorie neurocomputationnelle de la cognition, et la conscience théorisée en tant qu’Information Intégrée.

La ‘profondeur’ complexe est bien une hiérarchie. Les groupes sont activés successivement. Il existe une chaîne de causalité. Cependant il ne s’agit pas d’une séquence causale, qui impliquerait des éléments complètement indépendants. Dans un système intégré, les niveaux d’information s’intriquent aux précédents. Ils ne prennent leur signification que si la précédente subsiste. J’ai créé le terme ‘surimposition‘ pour rendre cette indépendance relative. Une couche d’information se surimpose à la précédente pour l’enrichir d’une nouvelle épaisseur complexe.

La conscience est un phénomène cumulatif

Stratium renverse le discours d’Humphrey: Chaque couche d’information neurale intégrée correspond à une ‘sensation’ qui est aussi une ‘perception’ pour la couche suivante. Et cela sur une très grande hauteur de niveaux d’information. Point capital : chaque nouvelle perception ne remplace pas la précédente mais se surimpose à elle. L’expérience s’enrichit, s’épaissit, s’approfondit. Dans un système intégré ce ne sont pas deux entités indépendantes qui s’examinent mais des entités qui ne prennent leur signification complète que l’une avec l’autre. Il n’est nul besoin, comme le suppose Humphrey, d’une nouvelle entité extérieure pour observer les sensations des autres. L’entité esprit s’auto-observe avec une profondeur croissante. Elle est son observation, non pas en tant que centre neurologique recueillant les signaux des autres, mais en tant que tous ces niveaux d’information intégrés ensemble.

La conscience est un phénomène cumulatif émergeant de cette profondeur extraordinaire d’information. Le fossé cerveau-mental est facilement franchi cette fois, parce qu’il est comblé par des milliers, des millions peut-être, de feuilles serrées les unes contre les autres, chacune à la fois regardée par la suivante et regardant la précédente, avec un oeil de plus en plus conscient parce qu’intégrant la conscience de tous les précédents.

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La nature attentionnelle de la conscience

Ralph Ellis s’interroge aussi à propos de l’attention consciente, qui peut se situer indifféremment sur des états sensitifs ou perceptifs. Sur quoi se fonde-t-elle ?

L’univers mental virtuel est lui-même complexe. Ses langages incluent à la fois la codification des données, la représentation des codes, et l’organisation des représentations. Chevauchement des modes de langage dans la complexité. L’intégration des niveaux rend le langage supérieur capable de rétrocontrôler le langage inférieur. L’attention est le phénomène associé à ce rétrocontrôle. C’est l’action du niveau de synthèse le plus élevé, qui compare les évènements aux prédictions, et remodèle si nécessaire ses niveaux constitutifs sous-jacents.

Au plan phénoménal la conscience dépourvue d’attention est diffuse, étendue, vague, simple émanation de ses fonctions fusionnées sans qu’aucune soit privilégiée. Tandis que la conscience attentive est focalisée, aiguë, concentrée sur une tâche pour la reconfigurer.

Côté neurologique

À cette face phénoménale Stratium associe une face neurologique : l’attention est proportionnelle à l’intégration des fonctions mentales dans l’espace de travail conscient/global (ETG). En termes de réseaux neuraux, cette intégration est le degré d’extension de leur stimulation coordonnée. Elle est médiée d’une part par des noyaux excitateurs, actifs pendant l’éveil, d’autre part par l’intensité de travail des fonctions mentales elles-mêmes, principalement sous l’effet des stimuli sensoriels.

Lorsque l’intégration de l’ETG est faible, les fonctions mentales conservent une indépendance relative. Des actes machinaux s’associent aux vagabondages de l’imagination abstractive. Lorsque l’intégration est forte, les réseaux abstracteurs supérieurs se coordonnent aux autres fonctions mentales et les rétro-contrôlent. Ils sont capables de les remodeler jusqu’à une certaine profondeur. Le mental améliore ainsi gestuelles et autres routines comportementales.

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Différence entre ‘conscience’, ‘expérience’, ‘conscience de’

Ces termes sont mieux définis à présent :
La conscience est le phénomène fusionnel associé à l’intégration d’un niveau complexe par dessus tous ses constituants. Phénomène spécifique à chaque entité complexe individualisée.
L’expérience est le terme générique pour désigner la manière dont chaque entité complexe s’éprouve en tant que conscience spécifique.
La ‘conscience de’ reflète le caractère attentionnel variable de la conscience, qui va de ‘conscience sans’ —il existe bien des contenus mais ils restent une toile de fond dépourvue d’objets identifiables parce que l’attention qui les identifie est absente— à ‘conscience de’ qui focalise une tâche mentale.

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Les états alternatifs ou altérés de la conscience

sont très faciles à expliquer puisqu’ils sont des intégrations partielles des fonctions mentales, elles-mêmes éventuellement perturbées dans leur intégration par des drogues ou des connexions lésées. Éventuellement l’intégration est suffisamment affaiblie pour permettre l’accès direct aux fonctions indépendantes : état d’hypnose, induit ou auto-induit.

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La conscience a-t-elle un pouvoir causal?

La réponse de Stratium est nette : oui, par l’indépendance relative que forme un niveau complexe. Son ‘intention’ est son existence en tant que représentation des évènements passés et son maintien même quand tous les évènements actuels ne la corroborent pas. La résilience d’une intention est telle qu’elle peut se maintenir dans un univers mental qui la considère comme un mythe —un désir impossible à satisfaire.

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Application aux pathologies mentales

En sus de répondre aux exigences des philosophes de l’esprit, la force de Stratium est d’être une théorie du mental qui explique un grand nombre d’observations sur le cerveau et ses productions comportementales, normales ou pathologiques. Voyons-en quelques exemples.

Le cerveau symétrique dans les désordres psychologiques

Les neuroscientifiques constatent qu’un grand nombre de désordres mentaux sont associés à une réduction de l’asymétrie naturelle du cerveau. Quelle cause générale, en rapport avec ce facteur de symétrie, peut expliquer cette coïncidence ? Des hypothèses ont été proposées mais restent à l’état de conjectures en l’absence de théorie globale du mental.

Stratium se préoccupe peu de la symétrie géographique du cerveau puisque cette théorie privilégie l’organisation hiérarchique avant l’anatomique. Mais regardons comment les réseaux codifient leurs valeurs symboliques : chaque étage conceptuel du Stratium est constitué de l’activation synchrone d’un groupe neural. Certains groupes sont concentrés géographiquement —les neurones des aires visuelles rassemblés autour des afférences optiques. D’autres sont au contraire largement dispersés —l’espace de travail conscient.

La concentration anatomique des groupes dans un hémisphère améliore la réactivité et la précision des symboles formés. Les délais  d’activation sont raccourcis. Un étage de contrôle supérieur s’organise plus rapidement et la hiérarchie s’élève. Le ‘centre anatomique’ fonctionnel est ici avantageux. Car si ses éléments étaient au contraire dispersés entre les deux hémisphères, la fonction serait ralentie et la coordination plus difficile à stabiliser. Ainsi, dans le cas d’une fonction mentale spécialisée, sa prise en charge symétrique par les deux hémisphères est moins performante que sa latéralisation franche.

Latéralisation avantageuse en bas de la hiérarchie mentale, réductrice en haut

Mais lorsqu’il s’agit de coordonner les fonctions ensemble, un réseau parcourant tout le cerveau est obligatoire. C’est un réseau dense car il ne peut compresser ses données. Chaque fibre indique l’état d’excitation d’un neurone lointain et c’est la position de celui-ci dans le graphe qui fait la valeur du signal. La disparition de contingents de voies longues peut être catastrophique pour l’intégration finale. L’espace de travail global (ETG) conscient est parfois amputé de certaines fonctions ou de certaines parties du corps. Il est dans une ignorance tellement profonde de leur existence qu’il nie leur présence.

Latéralisation avantageuse pour construire le ‘tronc’ des fonctions mentales, globalisation pour leur coordination générale. Or beaucoup de pathologies psychologiques —schizophrénie, autisme, stress post-traumatique, dyslexie—, ne relèvent pas d’un trouble du réseau conscient mais de la performance et des passerelles entre fonctions mentales avant leurs résultats proposés à l’ETG. Une symétrie excessive du cerveau disperse trop ces fonctions et rend les passerelles moins efficaces pour stabiliser les concepts symboliques réglant le comportement. Les routines inconscientes sont de qualité aléatoire.

Paradoxalement la section du corpus callosum ne déclenche pas de pathologie psychiatrique car les hémisphères très latéralisés dans leurs fonctions ne changent pas leurs routines et sont capables de poursuivre isolément l’essentiel du comportement ‘habituel’. Aucune “folie”. Seule la coordination dans l’ETG conscient est compromise. Une moitié du corps ignore ce que fait l’autre et émet des hypothèses à son sujet, qu’elle trouve parfaitement réalistes ! L’ETG n’est bien qu’un espace de rétro-contrôle, de coordination, et non de mise en oeuvre du comportement.

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Pourquoi les techniques comportementales et cognitives (TCC) sont-elles plus thérapeutiques que la psychanalyse ?

La psychanalyse voit l’inconscient un espace abstrait comparable au conscient. Ces espaces utiliseraient le même langage neural. Nous aurions dans l’inconscient des abstractions jumelles des conscientes, “enfouies” et nous dirigeant comme des marionnettes. Le dualisme neural-mental en psychanalyse a ceci de particulier qu’il est uniforme au sein des différentes composantes de l’esprit. La triade ça-moi-surmoi permet des communications entre les parties comme si elles étaient des entités indépendantes.

Non, l’inconscient n’est capable d’aucune abstraction supérieure. Il agite les bras et les jambes. Il initie nos actes sans y “réfléchir”. C’est pourquoi chercher à l’atteindre en tant que “personne” au cours d’une psychanalyse ne sert à rien. Le langage de la cure est incompréhensible à l’inconscient. Il n’est pas équipé pour le dialogue, seulement de rétrocontrôles. Si la conscience se cantonne à une communication abstraite, en se disant « je devrais faire ci ou ça », elle dialogue avec elle-même et non avec ce qui enclenche le comportement.

Évoluer c’est agir

Pour modifier des actes la conscience doit faire, exécuter. Bouger, répéter, reprogrammer l’habitude à la manière pavlovienne, car c’est le rétrocontrôle que comprennent et suivent les étages inconscients. C’est la méthode employée par les TCC, qui fonctionne toujours sauf si les exercices restent à l’état de palabres abstraites et anxieuses.

Le rôle de l’auto-observation consciente n’est pas de rester agglutinée à l’habitude ou la déifier comme production d’une sorte de cerveau second. Son rôle est de s’en décaler, l’analyser, renvoyer une correction, puis féliciter, recueillir la sensation de récompense et confirmer que l’habitude est enfin sur les bons rails.

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Les applications de Stratium ne se limitent pas à la psychiatrie. Elles concernent l’ensemble des sciences humaines, en appliquant son principe hiérarchique à nos consciences sociales, du couple à la conscience d’espèce. Sous le regard téléologique, le mental n’est pas un ensemble de centres neuraux mais un emboîtement de poupées russes dotées chacune de leurs propres règles. Stoppons là. Une conclusion vous attend dans le dernier article.

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Hémisphères partenaires, Cerveau & Psycho 2022
Theories of Consciousness as Reflexivity, Peters Frederic, 2013

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