Comme beaucoup de gens, j’ai toujours eu un souci avec l’art moderne. Peu importait l’excellence du musée où il était présenté, la qualité du discours à son sujet, j’hésitais perpétuellement entre deux opinions, mixables à vrai dire : 1) On nous prend pour des gogos. 2) Le snobisme n’a plus rien d’humain. Seul un trou noir peut s’extasier devant un carré noir accroché au mur, comme nous-mêmes devant un portrait de famille.
Mais bon. Affirmer que tous les amateurs d’art moderne devaient se débarrasser de leur cerveau défectueux m’obligeait à ouvrir un trop grand dépotoir. J’ai du avancer d’un cadre sur le sujet. Déjà il fallait trouver une définition de l’art assez générale pour inclure toutes les oeuvres. Faisons-la courte et sobre : l’art est une représentation qui éveille l’attention. Mais comment est-ce possible quand la représentation semble très banale ? Il faut un cadre.
L’art est indissociable de son cadre. Vous pouvez faire une représentation de ‘rien’, à condition de le faire dans un cadre impressionnant, qui mobilise votre attention. Par exemple une salle de musée superbe en elle-même, où il n’y a rien. Vous vous demandez : « À quoi sert-elle, celle salle, puisqu’il n’y a rien ? » À montrer ce rien, justement, qui autrement vous aurait échappé ! ‘Rien’ est de l’art. Sur cette base, ajoutez un petit quelque chose et vous avez de l’art grandiose.
Je persifle à peine. Je vois à présent trois catégories très sérieuses à l’art : la surprésentation, la représentation et l’imprésentation. La surprésentation regroupe toutes les hyper-expressions d’une chose ou de ses facettes. C’est l’expressionnisme, où l’enjeu est de découvrir une manière originale de caricaturer la chose. La représentation, elle, s’attache à être la plus fidèle, extraie une image indiscernable de la chose mais qui n’est pas elle et lui survivra. C’est l’art réaliste et intemporel. L’imprésentation concerne ce qui n’est pas présentable, et de fait on n’y fait jamais attention. C’est donc une réussite assez remarquable de cet art moderne d’arriver à le représenter quand même. Mais c’est assez fugitif. On passe de l’intemporel au très temporaire.
Que pourra-t-on imprésenter encore quand tout ce qui n’est pas présentable aura été épuisé ? L’art moderne est-il condamné ? Non !! Il pourra encore se saisir des oeuvres appartenant aux autres catégories, pour les salir, les détruire, et les rendre absolument imprésentables. Ah ! Quelle incroyable rétrospective sur l’ère moderne ce sera…
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