Redistribution sociale

Quand la solidarité est étatisée à la manière de nos démocraties contemporaines, elle ne s’accompagne plus d’aucune gratification pour les donateurs. Pas de récompense, pas d’intérêt à développer la faculté du don. Mécaniquement le D soliDaire recule devant un T liberTaire hyper-stimulé par les algorithmes pro-individualisme. Ce déséquilibre est le problème primordial de notre société, loin devant les excès du libertarisme. La solidarité est engourdie, comateuse. C’est un masque porté pour assurer de son honorabilité. Elle réduite à l’état de calcul, de réflexe de bon gestionnaire, quasiment une équation.

Pour connaître et éprouver la solidarité aujourd’hui, nous sommes contraints d’aller chercher ce sentiment. Il est retrouvé en s’occupant des plus démunis, des migrants en situation irrégulière, des abandonnés. La vie normale en est dépourvue, alors que l’on est pourtant bien solidaire, par notre participation à la redistribution sociale. Nous n’en éprouvons malheureusement pas le moindre effet.

Le retour du vrai sentiment survient au contact de gens dans le besoin et qui de surcroît n’attendent pas grand chose. Pour eux l’hostilité du monde est un fait, le ciel est plombé. Lorsque nous leur apportons un peu d’aide, les nuages se déchirent au-dessus d’eux et un rayon de soleil vient illuminer leur visage. Ce spectacle est une récompense inouïe, alors que nous n’avons pas payé cher le billet. La vraie solidarité est rétribuée avec largesse, et plus sûrement que l’action de la plus prometteuse des start-ups. C’est dans ce sentiment authentique que nous avons envie d’investir.

La solidarité étatisée est tout l’inverse. Les bénéficiaires attendent leur part du butin fiscal. La plupart ne savent pas ce qu’est un monde réellement hostile, se considèrent défavorisés simplement parce qu’ils ont sous les yeux des plus favorisés. Insupportable pour le T. L’ego est ce qui milite pour la redistribution. Il ne l’attend pas, il la réclame. C’est seulement une fois l’ego satisfait qu’il fera preuve à son tour d’un peu de soutien. Tout cela est complètement étranger à la solidarité. La redistribution en démocratie est une mesure régulatrice de la bataille des ego(s).

Nous entendons les politiciens de gauche annoncer qu’il faut complètement réformer le capitalisme, traité “d’aberration libertaire”, pour favoriser la solidarité. Je ne peux imaginer que des ego(s) absolument bornés pour penser aussi radicalement à l’envers, être aussi éloignés de la solidarité authentique. Le capitalisme est effectivement mu par le principe liberTaire. Mais il est autonome, et toujours piloté par son principe naturel, ce qui lui permet de s’auto-organiser et muter avec la société. Le principe soliDaire, lui, a abdiqué complètement son indépendance. Il ressemble à une victime de club sadomasochiste, ligoté étroitement de partout par une myriade d’entraves juridiques. Incapable du moindre mouvement, de toute spontanéité. Ah, la solidarité ainsi exhibée peut faire fantasmer, mais avons-nous réellement envie de voir la nôtre traitée ainsi ?

C’est pourtant ce qu’en fait le droit actuel. S’il y a bien une réforme en profondeur urgente, c’est sur la redistribution sociale, sur le soliDaire et non le liberTaire. L’Ego ne se préoccupe plus du Don parce que le Don est dans les geôles de la bureaucratie et qu’ils n’ont plus aucun véritable échange. Le dévoiement de la gestion actuelle est démontré par un constat simple : l’augmentation de la redistribution à des taux records en France, inégalés sur la planète, a entraîné une croissance de la grogne sociale au lieu de la réduire. Jamais le bénéficiaire français n’a été aussi insatisfait de ses aides, jamais n’a-t-il réclamé leur hausse avec tant de hargne. L’augmentation de la dette ne l’impressionne pas. Les riches n’ont qu’à la payer, affirme-t-il. C’est bien un ego qui se compare à un autre, porté par son agressiviTé, sans le moindre frein soliDaire. À vouloir extraire mécaniquement la solidarité de la population française, comme une nappe de pétrole dans le sous-sol social, on l’a tout simplement asséchée, et cela dans toutes les classes, pauvres ou riches.

Pourquoi la conscience d’une pareille énormité ne parvient-elle pas au jour ? Elle affleure, et recule aussitôt, paniquée. Le système est verrouillé depuis si longtemps que l’on craint l’explosion si l’on y touche. La solidarité naturelle, emprisonnée dès l’enfance et transformée en symbole passéiste, est devenue anémique. Elle ne s’est pas alimentée à la réalité. Si on la libère, d’où tirerait-elle la force d’influer sur les comportements ? Les gens continueront certainement à faire ce qu’ils font déjà : s’occuper surtout d’eux-mêmes. La redistribution s’effondrera avec le système. Il faudra beaucoup de temps à la spontanéité du don pour renaître. Au lieu de réfléchir à un moyen d’atterrir en douceur, nos politiciens de gauche, du moins les rares qui auraient conscience du problème, sont terrorisés à l’idée de laisser filtrer le moindre commentaire à ce sujet. Ce serait s’attacher soi-même au poteau de la victime sacrificielle.

La redistribution française est une grande malade qui s’ignore. Elle survit jusqu’à présent parce que dans le système capitaliste, ses fonds vampirisent indirectement des territoires et des populations plus pauvres. Mais si la dette amoindrit ses sources de richesse, l’effondrement est à sa porte, pour le plus grand malheur des bénéficiaires actuels, qui vont réellement découvrir ce qu’est la pauvreté.

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