Sciences Humaines, la revue pour comprendre notre époque

Désenchantement

J’ai été longtemps lecteur de Philosophie Magazine, au succès initial mérité par ses belles individualités : Michel Eltchaninoff, Martin Legros, Alexandre Delacroix et Octave Larmagnac-Matheron. Malheureusement la ligne éditoriale —relier les grands enjeux de l’actualité aux philosophes classiques et contemporains— a été progressivement corrompue par le wokisme militant des plus jeunes, jusqu’à en faire une sorte de tabloïd LFIste, bien éloigné des sagesses intemporelles.

Lassé de lire les débordements névrotiques de la revue, j’ai stoppé mon abonnement. En y repensant quelques mois plus tard, ce fut une grande surprise de constater à quel point elle ne me manquait aucunement, alors que j’avais été lecteur fort assidu. Encore moins de regrets après vu par hasard que PhiloMag a participé à la curée contre Étienne Klein, suite à son accusation de plagiat. Le sommant de s’expliquer dans une interview, ils n’ont pas vraiment écouté ses arguments et ont perdu un excellent collaborateur, comme France Culture qui en le congédiant a stoppé l’une de ses meilleures émissions, la seule campée au carrefour de la science et de la philosophie. La bêtise de la meute ? Elle dévale la courbe gaussienne de l’intelligence jusqu’à l’abysse où sa lumière est plus chiche que celle d’une nuit sans Lune.

La bêtise, c’est justement le thème du dossier de Sciences Humaines ce mois-ci. Sciences Humaines est la seule revue de langue française positionnée sur le même créneau que PhiloMag, mais elle l’occupe beaucoup mieux. Comme le champ entier de la sociologie, elle est politiquement à gauche. La “neutralité axiologique” chère à Max Weber, l’un des fondateurs de la discipline, s’en est évaporée depuis longtemps. Mais la différence de ligne entre Sciences Humaines et PhiloMag est aussi contrastée qu’entre les socialistes et LFI. D’ailleurs jamais un bulletin LFIste n’aurait fait d’article sur la bêtise, les wokistes étant à l’affût du moindre ostracisme, et celui-ci semble cibler bien crûment leurs suiveurs dans le contexte actuel.

« Comment résister à la bêtise ? »

Le dossier de Sciences Humaines est remarquable, introduit par un édito exceptionnel de Héloïse Lhérété : « Admettre, sans se braquer, que chacun a sa part d’idiotie. Mesurer enfin que l’esprit bête ne loge plus dans un crâne vide, mais encombré d’images et de paroles toutes faites. Plus que nos aïeux, nous en avons “plein le crâne”, au point que la pensée peine à s’y frayer un chemin. » Et de citer Deleuze, qui préconise une solution paradoxale : se taire. « Le problème n’est plus de faire que les gens s’expriment, mais de leur ménager des vacuoles de solitude et de silence à partir desquelles ils auraient enfin quelque chose à dire. »

Sciences Humaines a réinvité Étienne Klein dans un précédent numéro. Le dossier sur la bêtise s’est fait avec Gérald Bronner, meilleur sociologue français et le plus neutre, et avec Jean-François Marmion, grand spécialiste de la connerie. Cette revue est indispensable si vous ne voulez pas rester englué dans la boue nauséabonde qu’est devenue notre actualité.

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