Penser, c’est dire non

Le non comme projet conscient?

Frédéric Manzini, dans les pas d’Alain et Derrida, oppose la pensée du oui, systématique et aveugle, à la pensée du non, qui s’interroge toujours sur son bien-fondé.

La pensée refuse d’acquiescer, de “rendre les armes”. Elle se dit non pour éviter sa transformation paresseuse en croyance. Derrida: « Ce qui est intéressant, philosophiquement, ce n’est pas que la pensée refuse ceci ou cela, c’est qu’elle soit le refus lui-même […] Ce non, avant de buter contre tel ou tel objet, est le projet même de la conscience ».

Un âne récalcitrant

La définition nous rapproche de la pensée de Derrida et son contexte, la guerre d’Algérie, cortège d’idées inacceptables auxquelles la pensée se doit de dire non ! Mais est-ce vraiment la bonne définition de la pensée ? La fonction d’un cerveau est-elle de refuser ses propres actes ? L’évolution nous aurait-elle fait cadeau, en guise d’organe directeur, d’un âne qui refuse d’avancer ?

La définition correcte de la pensée est d’être gestionnaire de ses propres conflits. Et les surmonter par l’édification d’une idée plus synthétique. Le conflit fait partie de son fonctionnement intime, depuis des trains d’excitations sensorielles dans l’inconscient jusqu’aux évènements contradictoires dans le conscient. Plusieurs interprétations possibles se disputent perpétuellement leur sujet. Laquelle choisir ?

La non-vrose

La fonction mentale n’est pas de dire non à toutes ces interprétations mais élire le Oui qui s’y retrouve le mieux. Sa position reste précaire. Il est assiégé par des Non(s) qui cherchent une ouverture. Il cherche à se consolider dans les évènements suivants. L’esprit cherche une stabilité. Comment survivre autrement dans un torrent d’informations contradictoires ?

L’identité se construit sur l’enracinement progressif des Oui(s). Des solutions aux conflits. Une personnalité pas trop bousculée par la vie s’installe sur des références solides, des Oui(s) qui apparaissent un peu trop satisfaits, comme le dit Frédéric. La personnalité torturée par les Non(s), au contraire, est celle qui n’a pas trouvé les synthèses apaisantes. Névroses. Non-vroses ? Faut-il pour autant en faire une définition de la pensée ?

Reprenons notre souffle

« Penser, c’est dire non »… est une affirmation ! Alain et Derrida s’arrêtent un instant, satisfaits, dans leur course-poursuite effrénée à la recherche du Oui.

Cette course dans le torrent du conflit est la véritable définition de la pensée. Tortues, lapins, croyants, non-vrosés, aucun d’entre nous ne capture définitivement le Oui.

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