Qu’y a-t-il entre nous ?

Nos liens sont des surimpositions de concepts

Qu’y a-t-il entre nous ? Question posée aux Parisiens sur la façade du centre Pompidou par l’artiste Tim Etchells. Octave Larmagnac-Matheron en fait l’étude dans Philomag. Il voit entre nous langage, éthique, politique, cosmos. Cependant, de même que les enquêtes sur l’énergie listent ses formes sans dire ce qu’elle est au fond, Octave ne dit pas le point commun entre les aspects de l’entre-nous. De quoi sont faits tous ces liens virtuels aux effets bien concrets ?

Le comprendre nécessite d’abandonner ‘entre’ et ‘lien’ pour ‘au-dessus’ et ‘surimposition’. La surimposition est la prise en compte du tout formé par des relations en tant que niveau d’information séparé. Indépendance relative, totalement intriquée à ses constituants. Mais la spécificité de cette information est attestée par le fait qu’elle est reconnue par d’autres du même type. Prenons un exemple : les traits du visage peuvent s’associer pour former une expression de bonheur. Le bonheur est une information surimposée aux traits. Elle en est relativement indépendante, puisque nous pouvons la reconnaître sur n’importe quel visage, dans un dessin, voire sur un robot humanisé. Le support varie ainsi du vivant à l’inerte, en passant par une simulation numérique, mais l’information ‘bonheur’ est la même.

À l’image du mental qui produit ces liens

Notre mental est un empilement de niveaux d’information surimposés. C’est la thèse développée dans Surimposium. “Je marche“ est une pensée que nous utilisons sans nous y attarder. Elle est au sommet d’une pile considérable de niveaux sensori-moteurs assemblés. Indépendance qui nous libère de la nécessité de contrôler chacune de nos fibres musculaires. Il en est de même pour tous nos concepts, nos mots, nos images des autres. Ils sont des surimpositions d’informations plus élémentaires. C’est le préalable indispensable pour comprendre ce qui se passe « entre nous ».

La relation se fait à de multiples étages d’information. C’est un mille-feuilles qui passe entre deux personnes. La plupart des feuilles sont traitées par les niveaux inconscients : attitude corporelle, phéromones, corpulence, habillement, ondes sonores transformées en langage mais aussi intonations, accent, etc. La conscience se voit présenter une synthèse de synthèses de synthèses… toutes surimpositions édifiées par les réseaux neuraux sous-jacents. Elles confèrent au moi conscient la possibilité d’une décision complexe.

La conscience n’a pas de directeur

La conscience au sommet ? Serait-elle le PDG de cette vaste entreprise ? Non, pour deux raisons. 1) Elle n’existe que par les réseaux sous-jacents. Ôtez l’inconscient et la conscience n’est qu’une coquille vide, dépourvue de toute expérience. 2) Il existe des niveaux d’information supérieurs au moi conscient. L’étagement virtuel continue, en cercles sociaux : couple, famille, clan, caste, culture, nation, espèce, mysticismes. Chacun forme une conscience sociale qui s’impose à la représentation du moi. La conscience apprend à organiser sa décision entre des sensations éprouvées et des impératifs supérieurs.

Au final ce n’est pas un entre-nous mais un entre-moi que nous expérimentons au quotidien. Connaître son édifice mental aide à s’en extraire. Commençons donc par les étages inférieurs. Chérie, une partie d’entre-jambes ?

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