Guerre en Irak: le début de la défiance envers les démocraties occidentales?

Dans l’Express de cette semaine, Frédéric Encel revisite la guerre en Irak : « une calamité, oui, le début du chaos, non ». Il veut que « nous ne cherchions pas dans l’aventure américaine de 2003 la source de la défiance du Sud global vis à vis de l’Occident ». La connexion est facile, c’est vrai : Il y a vingt ans, les USA et 43 pays occidentaux coalisés attaquent l’Irak de Saddam Hussein avec deux prétextes fallacieux et mensongers : sa responsabilité dans les attentats du 11 septembre et sa détention illégale d’armes de destruction massive.

Trop facile pour Frédéric Encel, qui remonte l’Histoire. Mais en insistant sur l’existence bien antérieure des conflits du Moyen-Orient, du schisme sunnite-chiite, et l’agressivité régionale de Saddam “Hussard”, Encel passe complètement à côté de la question. Il en esquive la valeur symbolique. Or un symbole ne se réduit pas au contexte qui l’éveille. Il a une force en soi. Amplifiée ou dégradée par chacune de ses interventions.

Le symbole des symboles…

Le symbole en question est d’importance puisqu’il s’agit du coeur même du principe démocratique : la participation de l’ensemble des citoyens à la détermination d’une vérité collective. Le processus comporte une obligation de transparence et les élus ne sont pas au-dessus des lois. En effet l’existence d’intouchables dénigre le droit à l’importance, égalitaire, accordé à chaque citoyen, fondement de la démocratie. C’est ce symbole que la guerre en Irak a détruit pour les USA.

Certes ce n’est pas la première fois que les plus hauts responsables d’un état démocratique mentent ou manipulent leur population. C’est même monnaie courante. Mais l’évolution des régimes occidentaux s’est constamment faite vers l’augmentation de transparence. Les manipulations sont tolérées quand elles visent à promouvoir nos valeurs universelles. Le monde est un champ de bataille. L’ingénuité ne paye pas. La démocratie est par essence manipulatrice : elle se promeut sur la planète au détriment des autres régimes. Elle injecte la culture occidentale en même temps que ses valeurs, étouffant les autres cultures. Mais personne n’en fera le Diable pour cela. Effets secondaires acceptables. Il en est tout autrement d’un Occident qui ne respecte plus ses propres valeurs fondamentales.

…piétiné

C’est bien le visage qu’il donne aujourd’hui : les prétextes fallacieux et mensongers s’appellent ‘fake news’ et ont installé en toute impunité de larges mouvements sociaux : les wokismes. Ces groupes détruisent le collectif démocratique. Le droit à l’importance n’est plus égal entre les citoyens car il faut un collectif pour l’édicter. Or chacun se prétend supérieur à d’autres parce qu’appartenant à tel groupe d’opinion, et refuse que le collectif s’impose à lui au prétexte que le groupe n’est pas majoritaire. Le principe fondamental de la démocratie est rejeté. Chaque groupe crée sa vérité alternative et interdit rageusement sa remise en question.

Bien entendu la guerre en Irak n’est pas l’explication du wokisme. Néanmoins elle en est la première manifestation spectaculaire dans un Occident qui cherchait jusque là à se débarrasser de ses mensonges historiques, en quête d’une virginité démocratique authentique, particulièrement les USA qui sont à l’avant-garde avec une presse très émancipée des gouvernants. Mais celle-ci n’a pu faire son travail. Les USA étaient directement en guerre au lieu de simplement assister financièrement une autre nation comme aujourd’hui l’Ukraine.

Trop de relativisme fait perdre sa dignité

Cependant on aurait attendu de la presse qu’elle sanctionne ensuite les responsables de cette inversion de la course à la transparence. Rien de tel n’est survenu. Le faucon Rumsfeld et son toutou Bush junior n’ont pas été inquiétés. Un dictateur de moins, la fin justifie les moyens, OK. Mais quel effet cela produit-il sur des populations qui ont toujours vécu sous des régimes dictatoriaux, sans les juger ainsi à défaut d’avoir connu autre chose ?

Le donneur de leçon ne respecte pas ses propres idéaux ? Dans ces sociétés où une vie ordinaire n’a pas grande importance, la valeur la plus désirée, avant même l’argent ou le droit de vote, est la dignité. L’occidental, qui relooke la réalité à son aise avec ses fake news, dénigrant ses propres valeurs, a perdu la sienne.

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La guerre en Irak: une calamité oui, le début du chaos non – Frédéric Encel, 16/3/23

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