De “si” à “et si”

Devant l’inacceptable, l’esprit s’enfuit dans un monde meilleur à travers une série de « si… ». Plus la séquence est longue, plus le nouvel univers est irréel. Certaines personnes s’y réfugient et s’absentent complètement de la réalité collective. Deuil indépassable, mythomanie.

Pourquoi certains trouvent-ils réconfort dans l’imaginaire, ce qui facilite la réintégration au réel, tandis que d’autres se perdent dans le mythe ? Quel est le danger du « si… » ? Les raisons profondes sont bien sûr psychologiques et non sémantiques. Mais la sémantique résume bien ce qui se passe en profondeur : 

Celui qui retournera dans le réel utilise « et si… ». La différence semble minime et pourtant ce « et » est essentiel. Il continue à faire voisiner réel et imaginaire. L’esprit au bord de la brisure peut tisser autant de « si… » qu’il le souhaite, il existe toujours à côté un « et » similaire qui relie constamment au réel.

Le fantasme s’est décalé du réel mais ne l’a pas abandonné. Le fantasme n’est pas un monde isolé mais une pièce supplémentaire à la réalité. La porte fonctionne dans les deux sens. Si vous construisez d’autres pièces en enfilade, le « et » sert de fil d’Ariane. C’est une clé universelle.

Tandis qu’en enchaînant seulement des « si… », impossible de refaire le chemin en arrière. L’esprit s’isole dans son mythe, devient un Minotaure, au moins inquiétant et possiblement monstrueux pour les autres. Que faire ? Rejoindre la personne dans son mythe —le téléporteur est l’empathie— et la ramener patiemment vers le réel, en acceptant ses « si… » et en leur accolant à chaque fois notre « et ».

« Et si… » vous continuez à lire ce blog, votre tête s’emplira-t-elle de pièces supplémentaires, tout en gardant une apparence humaine ?

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