L’anthropocène en question

La notion d’anthropocène est au coeur d’un dossier de Pour la Science. Quelle est son utilité ? La Terre a-t-elle vraiment changé d’ère ou est-ce une masturbation intellectuelle des moustiques les plus récents qui l’habitent ? Le dossier contient 3 articles, 1 passionnant encadré par 2 fades.

Terre en conserve à l’Académie

1er article de Luc Semal, politologue : De quoi l’anthropocène est-il le nom ? En résumé, l’anthropocène est une notion utile parce que réveillant les consciences, mais les géologues et stratigraphes ne s’y sont pas franchement ralliés. Qu’en faire au final ? Semal n’en sait rien. Son article douche la valeur symbolique du concept dont il dit pourtant que c’est le principal intérêt. Contre-productif.

Surtout que les différentes positions évoquées ne sont pas aussi convaincantes. Géologues et stratigraphes divisent leurs ères d’après des bouleversements écologiques et géologiques : extinctions massives d’espèces, changements de relief, élévation des mers. Aucun de leurs critères ne correspond à la transformation de la planète par une espèce. Leur hésitation devant l’anthropocène est académique et non factuelle. Un bouleversement est bien en court.

Si vous êtes familiarisé avec le double regard, cette hésitation doit vous sembler puérile. Les repères classiques des géologues aussi bien que l’anthropocène appartiennent au regard descendant. L’ontologie planétaire, sous le regard ascendant, se moque des différences. Processus qui s’auto-organisent, s’arrêtent sur des solutions stables, les quittent quand les conditions changent. Si les humains sont responsables du changement, ils peuvent être assimilés à une catastrophe cosmique, un équivalent de l’astéroïde géant qui a entraîné la disparition des dinosaures.

Époustouflant démontage du mythe de la transition

2è article de Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences : Énergie et matières premières, le mythe de la transition. Brûlant ! Lisez-le en détail car ici le regard ascendant est pointu : il montre que les organisations humaines, mines, industries, productions d’énergie, suivent toujours les chemins de la facilité et non des idéaux quelconques. Les “progrès” n’ont jamais remplacé la consommation de certaines ressources par d’autres ; elles se sont additionnées. L’étayage des mines de charbon a consommé plus de bois que son utilisation pour le chauffage avant l’arrivée du charbon ! Courte vue de nos gestionnaires, carence d’échelon global, l’article est édifiant.

Jardinier ou adorateur?

3è article de François Sarrazin et Jane Lecomte, écologistes : Veut-on d’une Terre jardin ? Ils opposent une planète jardinée pour nos propres intérêts à une Terre sauvage, continuant à suivre une évolution naturelle. On retrouve ce mélange de scientisme et de mysticisme propre à l’écologie contemporaine. La Nature est sanctuarisée et l’Évolution serait un processus divin auquel il ne faudrait pas toucher. Là encore ce sont des idées contre-productives, non pas en elles-mêmes, mais par la place qu’on leur attribue dans la hiérarchie des priorités.

Petite provocation : si la Nature était capable de s’auto-administrer, elle n’aurait pas conçu une espèce capable de détruire tout l’écosystème, n’est-ce pas ? Il faut donc espérer que nous fassions mieux qu’elle. L’humain crée de nouvelles pressions évolutives sévères. Beaucoup d’espèces n’y survivent pas. D’autres s’adaptent. Les extinctions nombreuses aujourd’hui correspondent au changement rapide de l’environnement. Comme dans toute ère géologique antérieure. Avec une résilience quand les conditions se stabilisent.

Et l’effondrement de l’anthroposystème?

Nous avons des problèmes plus critiques à régler. Beaucoup d’humains ne survivent pas aux pressions de l’évolution sociale. Ou dans des conditions tellement précaires qu’il faut s’inquiéter de l’effondrement de l’anthroposystème avant l’écosystème.

Mais la gabegie qui règne aujourd’hui en matière d’écologie, et à laquelle n’échappe pas ce dossier de Pour la Science, est ailleurs : Tous les discours présupposent que chacun d’entre nous est capable d’assimiler un exposé rationnel sur la catastrophe climatique à venir, participer aux décisions qui s’imposent, et corriger son comportement. En gros on est en train de demander aux molécules d’un mur qui s’effondre de se ressouder ensemble pour interrompre la destruction.

Si le plan de sauvetage commence par dire qu’il existe 7 milliards d’humains altruistes, il n’y aura pas un seul survivant. Un petit comité d’altruistes suffit, pourvu qu’ils disposent du pouvoir nécessaire. L’effort individuel, dans ce cas, consiste-t-il à récupérer sa petite parcelle de pouvoir ou la donner ?

Terrien, c’est chaud…

Retenons du dossier qu’être terrien, aujourd’hui, c’est être embarqué dans un TGV sans pilote. Même avec la clim il commence à faire sacrément chaud à l’intérieur. Mais la mobilisation des masses concerne toujours nos petits conforts quotidiens. Et pourquoi je n’aurais pas une place en 1ère plutôt qu’en seconde ? Il est vrai que ces voyageurs à l’existence très courte ne verront pas l’arrêt définitif du train en plein désert…

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