La complexité explose dans les réseaux neuraux

Quelques néologismes

J’appelle Diversium la réalité en tant que structure auto-organisée (l’auto-organisation diversifie la réalité à mesure que sa complexité augmente). Nous connaissons plusieurs sections à cette dimension complexe. De l’élémentaire vers le sophistiqué, je les appelle : Quantum (vide quantique > particules subatomiques), Materium (atomes > neurones), Stratium (groupe neural synchrone > conscience de soi), Societarium (conscience des autres > holisme).

Je ne suis pas en train de vous faire part d’illuminations mystiques. Vous assimilerez facilement ces termes en analysant la réalité sous forme de niveaux d’information. Les progrès de la physique ont dilué puis fait disparaître la notion de substance. La réalité n’est plus descriptible que par l’information. Lorsque je touche quelque chose, les informations d’un capteur tactile sont transmises à des réseaux neuraux qui fabriquent mon image d’une chose solide.

Malgré que mon doigt et la chose soient essentiellement du vide, ils ne se traversent pas en raison des informations échangées par les atomes qui l’interdisent. Ces interactions sont réunies quantitativement et séparées qualitativement. Il n’est pas possible de mélanger les données des atomes et des neurones. Il existe donc plusieurs niveaux d’information impliqués dans mon expérience de la chose solide : quantique, matériel, neurologique. Mon expérience a une dimension complexe indissociable mais je peux en désigner les composantes par l’observation scientifique.

Auto-définition d’un niveau de réalité

Ces composantes n’ont pas une même étendue dans la dimension complexe (que j’appelle Surimposium, la surimposition étant la superposition de ces niveaux d’information indissociables dans une entité complexe). Un niveau s’auto-définit par les éléments dotés de propriétés leur permettant d’interagir ensemble. Ils n’ont pas toujours la même constitution. Au bas du Diversium, les éléments sont des particules, jumelles et faciles à classifier. En haut par contre, des réseaux numériques fondés sur des puces de silicium interagissent avec des neurones biologiques dans les mêmes strates d’information. Un niveau reste flou, car les puces ne simulent pas aujourd’hui le même nombre de strates voisines que les neurones (elles ne génèrent pas le même degré de conscience). Parlons d’attracteur complexe plutôt que d’un niveau arbitrairement figé. Comme pour les systèmes, ce sont les éléments en relation qui le définissent.

Le Quantum

occupe une faible étendue du Surimposium, la dimension complexe. Les niveaux que lui décrivent les physiciens commencent actuellement au vide quantique puis il existe un nombre limité de niveaux d’énergie créés par les particules subatomiques jusqu’à l’étage atomique.

Le Materium

est plus étendu. La matière dite inerte occupe seulement les niveaux atomique et moléculaire, mais ensuite le vivant les multiplie généreusement : biomolécules, micelles, cellules, organes, organismes. Chacun de ces termes réunit plusieurs niveaux qu’il serait trop long ici de détailler. Nous avons déjà affaire à une arborescence plutôt qu’à un édifice unique. De chaque niveau peut s’élever plusieurs piles de hauteur variable, susceptibles de se ramifier à leur tour. Mais la différence avec un arbre est que parvenues à une certaine hauteur, les sommets de piles différentes peuvent recréer ensemble un niveau commun, par exemple les puces et neurones déjà cités.

Le Stratium explose la dimension complexe

Les neurones ont cette propriété extraordinaire de pouvoir augmenter rapidement la profondeur des informations qu’ils traitent. Ils peuvent former des centaines, milliers, millions de niveaux s’ils sont en nombre et ont une variété suffisante de signaux à traiter. Un environnement à la fois complexe et relativement stable leur fait construire progressivement une représentation complète dont les avantages évolutifs sont évidents. La sophistication de la représentation neurale grimpe au-delà de celle des objets matériels qui l’entourent. Rien ne l’empêche en effet de simuler des interactions qui n’ont pas encore eu lieu. Imagination.

La limite de ces aptitudes apparaît néanmoins quand les réseaux doivent en simuler d’autres, en train d’effectuer les mêmes opérations. Un être humain cherche à connaître un congénère. L’image devient approximative et grossière, à un point que nous n’avons jamais assez conscience. Nous sommes trompés par le fait que le congénère a une apparence matérielle assez voisine des autres entités inertes ou vivantes. La complexité de son Stratium n’est pas exposée. Nous commençons à en avoir une vague idée quand il se met à parler.

Le Societarium

En raison de ces difficultés, les réseaux neuraux ont continué à édifier des niveaux supplémentaires, dédiés aux relations avec les congénères : Societarium, vaste étendue de cercles sociaux hiérarchiques. Le Societarium a une géométrie variable selon les cultures et les densités d’habitants partageant le même territoire. Il s’est considérablement agrandi dans la dimension complexe au siècle dernier, avec l’extension des villes, des savoirs et des spécialisations.

Il tend à rétrécir aujourd’hui avec les réseaux sociaux. Paradoxal, au vu de l’augmentation des connaissances ? Non. Certes elles sont partagées davantage, avec effet de lissage entre individus. Effet pervers: les individus sont de plus en plus réticents à accepter les hiérarchies et les délégations de pouvoir qui l’accompagnent. Encore un effet, malheureusement, de cette difficulté à imager correctement le Stratium chez les autres. Facile de s’attribuer une omniscience quand on ne sait pas la simuler efficacement chez autrui.

2 conditions à l’élévation de complexité

Le message important de cet article est que le Surimposium est capable d’une extension fulgurante à partir du moment où des signaux complexes parviennent à des processus relationnels capables d’augmenter rapidement leur profondeur d’information. Notre mental est un aboutissement provisoire. Cette dimension pourrait continuer à s’étendre exponentiellement, sous deux conditions : 1) Complexification croissante des signaux disponibles dans l’environnement. Le Materium atteint ses limites en ce domaine, mais les mondes virtuels peuvent aisément les dépasser. 2) Extension des réseaux matériels générant la profondeur de traitement adaptée (augmentation d’intelligence).

La seconde condition est technique, facile à résoudre. La première est extraordinairement difficile. L’humain a géré jusqu’à présent un environnement proposé, résultant d’un principe de sélection naturelle. Comment peut-il créer son propre environnement, en modifiant ses principes fondamentaux, sans que toute l’organisation s’effondre ? Comment continuer une adaptation quand on est devenu le Dieu de sa création ? Comment devenir extérieur à soi-même ?

Cette question immensément délicate ne peut être résolue qu’en recréant une hiérarchie mentale forte, fondée sur les domaines les plus pointus des sciences humaines : philosophie, psychologie, sociologie, anthropologie et histoire. Hiérarchie qui n’est fermée à personne. Mais elle ne peut être remplacée par un consensus majoritaire. Le consensus se forme au milieu du Societarium, pas au sommet. Il sera toujours une synthèse moins élevée dans la complexité, moins proche de ce qui peut advenir au-dessus.

Notre meilleur rôle, individuellement ? Faire grimper notre mental dans cette hiérarchie. Le booster est reconnaître nos carences, pas les dissimuler dans une très haute opinion de soi-même.

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Liens:
Surimposium (ebook)
Surimposium, l’essentiel

Synthèse hiérarchie

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